Résumé
En contexte de vulnérabilité sociolinguistique, je propose, à travers cette communication, d’explorer la figure du néo-locuteur paradoxal de l’occitan (auteur 2024), à partir d’une enquête menée dans le Parc Naturel Régional (PNR) de l’Aubrac. Contrairement aux approches orientées sur les acteurs engagés dans la revitalisation linguistique, cette étude s’intéresse à une catégorie de locuteurs qui se situent à l’intersection de dynamiques contradictoires, et dont le rôle est à explorer.Ces locuteurs, n’ayant pas reçu l’occitan directement comme langue première en transmission intra-familiale, investissent la langue de façon singulière. Ils se distinguent des catégories définies par Bert et Grinevald (2010), ne s’inscrivent pas dans le classement binaire retenu par l’enquête OPLO (2020) et pourraient être une fusion de la typologie établie par Bilic (2022) : leur héritage linguistique est indirect, mais résultant d'une exposition précoce à la langue ; leur rapport à la légitimité est ambivalent, oscillant entre insécurité et désir de reconnaissance ; leur engagement dans des actions de revitalisation est inexistant.Je propose alors d’examiner comment ces néo-locuteurs paradoxaux peuvent cependant constituer un chaînon structurant dans le processus de revitalisation linguistique, orientant le paradigme du locutorat établi par Martel (2013) pour le domaine occitan, à l’issue d’un siècle paradoxal (ibid.) : locuteurs natifs, néo-locuteurs et locuteurs passifs.La méthodologie combine notamment une vingtaine d’entretiens semi-directifs avec des acteurs locaux, une enquête dans le secteur socio-économique à travers des initiatives locales, ¬- des microactes glottopolitques (Alén Garabato et Boyer 2020) -, mais aussi à travers les stratégies de valorisation de l'occitan dans les politiques institutionnelles de développement territorial, ainsi que le collectage et l'analyse de près de 200 toponymes, autour de l’imagerie des chemins de transhumance. L’analyse des données met en évidence la manière dont ces néo-locuteurs paradoxaux, présents dans le PNR de l'Aubrac (territoire qui présente le taux de locuteurs de l’occitan déclarés le plus élevé et qui montre un intérêt unanime à des actions institutionnelles en faveur de l’occitan d'après l'enquête OPLO), contribuent à relier entre elles des sphères sociales et linguistiques, et œuvrent, souvent malgré eux, à une forme de vitalité (de revitalisation ?) linguistique.1.ALÉN GARABATO C. & BOYER H., 2020. Le marché et la langue occitane au vingt-et-unième siècle : microactes glottopolitiques contre substitution. Limoges, France : Lambert-Lucas2.BERT M. & GRINEVALD C., 2010. « Proposition de typologie des locuteurs de LED ». Faits de Langues. Vol. 35 36, n° 13.BILIC J., 2022. « ‘‘Oui, je parle un peu, hago lo que puedo’’ : les caractéristiques de l’alternance codique chez les Franco-Argentins de Buenos Aires ». SHS Web of Conferences. Vol. 1384.CALVET, C., 2024. Identité et territoire au sein du Parc Naturel Régional de l’Aubrac : enquête sociolinguistique et toponymique autour des chemins de transhumance. Thèse de Doctorat. Université de Montpellier Paul-Valéry, France. https://hal.science/tel-04879599v1 5.MARTEL, Ph., 2013. L’occitan. In : KREMNITZ, G. (éd.), Histoire sociale des langues de France. Rennes, France : Presses Universitaires de Rennes