Résumé
Cette contribution sur les artistes équestres (AE) et leur professionnalisation a pour objet la compréhension des processus en jeu dans la conception d’un dispositif de formation à leur intention. Dans le texte du projet intitulé FARTEQ « accompagnement à la professionnalisation des artistes équestres », on peut lire un double objectif visant à la fois le contexte local par « la performance économique de l'entreprise d'art équestre et à la préservation de ses emplois » et un besoin professionnel par « la professionnalisation des artistes équestres par le biais d'une formation structurante ».Cependant, il est apparu pour les chercheurs découvrant ce nouvel environnement professionnel que la conception de la formation structurante ou le dispositif socio-technique pour prendre l’ancrage théorique de l’acteur réseau (Akrich, Callon & Latour, 2006) ne relevait pas simplement d’une compétence « didactique » de ceux-ci en ingénierie de formation. Au-delà et à travers l’élaboration du dispositif socio-technique émergent des préoccupations que les divers acteurs en relation avec le projet cherchent à faire valoir.Partant du niveau macrosociologique (Roquet, 2012), dans une approche institutionnelle et politique, l’étude cherche à mettre au jour les enjeux pour les différents concepteurs de cette formation innovante à destination des AE qui forment davantage un groupe occupationnel au sens de la sociologie des professions (Dubar et Tripier, 1998) qu’une profession à part entière, distinguant certains artistes reconnus de la majorité de ceux qui se revendiquent AE. Les réunions du comité de pilotage (COPIL) en charge d’orienter la conception du dispositif constituent le corpus de l’étude. Nous focaliserons ici sur la seconde réunion du COPIL qui s’est déroulée en avril 2018, soit 9 mois après la première qui a lancé réellement le projet. Treize personnes composent ce second COPIL venant d’institutions et d’organisations différentes, depuis la filière équestre et le monde du spectacle jusqu’aux domaines de la formation et de la recherche, sans oublier le secteur financier.L’approche sociologique à visée compréhensive analyse le contenu des interactions verbales entre les acteurs lors du COPIL. Celui-ci considéré comme un espace de traduction permet de repérer les logiques d’action (Amblard, Bernoux, Herreros & Livian, 1996) dans lesquelles s’inscrivent les différents participants, puis de mettre en forme ces inscriptions. Il s’agit ensuite de les combiner, de les comparer et les interpréter pour dégager les relations qui constituent le réseau social influençant la conception du dispositif de formation. Deux points seront portés à la discussion. Tout d’abord, nous nous attarderons sur l’intégration du COPIL comme instance incontournable pour comprendre les enjeux et penser la formation de ces AE. En effet, il éclaire un point aveugle que les chercheurs n’avaient pas envisagé et donne à comprendre par le haut la complexité des contextes et des processus en jeu. En ce sens, il instrumente les chercheurs, acteurs du réseau, pour concevoir le dispositif socio-technique en tenant compte des logiques et des contraintes indispensables. Ensuite, et par voie de conséquence, le COPIL interroge la place des chercheurs dans ce réseau. Il les conduit à un déplacement du sens de leur action dans la conception du dispositif de formation et au refus d’endosser la responsabilité unique de la réussite de celui-ci par les autres acteurs sous couvert de la caution scientifique. Il ne s’agit plus alors seulement de « faire pour » les acteurs de la formation mais de « faire avec » eux, mais jusqu’où ? Bibliographie Amblard, H., Bernoux, Ph., Herreros, G. & Livian Y.-F. (1996). Les Nouvelles approches sociologiques des organisations. Paris : Editions du Seuil.Dubar, C., Tripier, P. (1998). La sociologie des professions. Paris Armand Colin.Akrich, M., Callon, M., Latour, B. (2006). Sociologie de la traduction. Textes fondateurs. Paris : Presses des Mines. Roquet, P. (2012). Comprendre les processus de professionnalisation : une perspective en trois niveaux d’analyse », Phronesis, vol. 1, n° 2, 82-88.