Résumé
Au Maroc l’usage des eaux usées pour pallier le manque d’eau pour l’irrigation, est certainement une solution, mais encore faut-il qu’elles soient traitées avant un usage agricole. La ville de Meknès est traversée par trois oueds : Bouisshak à l’Est, Boufekrane au centre et Ouislane au Nord-Ouest qui sont des affluents de l’oued R’dom. La comparaison des mesures en demande biochimique en oxygène des trois oueds montre que l’affluent Ouislane est le plus pollué. Les espaces agricoles de vergers, céréales et maraichage longeant les trois vallées constituent un atout pour la ville de Meknès. L’agriculture qui s’y est développée, se caractérise par l’utilisation des eaux usées non traitées de la ville. Dans ce contexte, l’Institut Européen de Coopération et de Développement en partenariat avec l’École Nationale d’Agriculture de Meknès souhaite appuyer les exploitations familiales agricoles vers une transition en agroécologie. Un mémoire de troisième année d’ingénieur de l’Institut Agro Montpellier a été proposé en 2023 pour établir un diagnostic agraire qui permettrait d’identifier des pistes d’appui aux exploitations les plus vulnérables. C’est la vallée de Ouislane qui a été choisie car classée en zone d’agriculture urbaine, alors que les 2 autres vallées sont destinées à une reconversion en espaces verts et récréatifs. Pour identifier les pistes d’appui, une analyse-diagnostic pluridisciplinaire (agronomie, géographie, économie) et multiscalaire a été menée. Cette analyse a permis de délimiter et caractériser des zones agroécologiques de la vallée. Croisant entretiens historiques et enquêtes auprès des agriculteurs, l’étude met en évidence les différents systèmes de culture dépendant des eaux usées. Ces eaux usées non traitées sont, l’unique source d’alimentation hydrique des cultures, de certaines zones de la vallée de Ouislane. Ces eaux contaminées, sont soit utilisées à partir de canalisations cassées par les agriculteurs allant à la station d’épuration, soit mélangées aux eaux de l’oued. Une partie des cultures irriguées étant des cultures maraichères, ont un fort besoin en engrais. Ces eaux riches en éléments minéraux notamment en azote permettent aux agriculteurs de diminuer l’achat d’engrais azotés. Ce besoin est amplifié avec la réduction de l’élevage dans les exploitations. Des réparations sur ces canalisations quand elles ont lieu en période estivale provoquent des coupures d’eau qui pénalisent les vergers. Le diagnostic agraire réalisé a permis d’identifier les trois principaux systèmes de productions, ils ont été modélisés et montré des performances économiques faibles à peine égales au salaire minimum agricole. Ces exploitations maraichères ou de type agriculture–élevage de par leurs caractéristiques (diversité de cultures annuelles sur de petites surfaces, peu de matériel, intrants très limités, statut foncier précaire) rentrent dans la catégorie des exploitations agricoles « assez fortement agroécologiques » selon la méthode d’évaluation du Groupe de Travail sur les transitions agroécologiques. Dans ce contexte, un projet d’appui semble pertinent. Tout d’abord, la gestion de l’utilisation des eaux usées non traitées doit être réglée et réfléchie avec l’ensemble des acteurs du territoire. Ceci entrainera un changement des pratiques de fertilisation qui aujourd’hui reposent sur l’apport d’éléments minéraux par ces eaux d’irrigation. C’est, dans un second temps, qu’un appui technique pourra être mis en place en vue d’une meilleure rémunération des agriculteurs.