Résumé
Si les Open Badges sont initialement issus de l'apprentissage informel (Ravet, 2017), leur introduction à l'universitaire vise à répondre aux besoins croissants de professionnalisation (Cieply et Grand, 2019) et d'identification des compétences attendues par les entreprises. Dans cette perspective, le dispositif de formation "Badgeons le BUT", mis en place au département informatique de l'IUT de Montpellier-Sète depuis septembre 2021, s'inscrit dans la dynamique de l'Approche par Compétences. Il repose sur l'idée que les badges numériques peuvent constituer un levier pertinent pour l'évaluation des compétences et la reconnaissance des engagements des étudiants. Deux grandes catégories de badges ont été développées : les badges de compétences transversales, en particulier sur le travail en équipe, en lien direct avec les attendus académiques du diplôme, et les badges de reconnaissance, valorisant des engagements extrascolaires tels que la participation à des hackathons (Nuit de l'Info, Code Game Jam) ou à des événements institutionnels comme les Journées Portes Ouvertes. Cette distinction a permis d'explorer deux usages complémentaires des Open Badges : d'une part, leur rôle dans la formalisation et la validation d'acquis spécifiques et, d'autre part, leur potentiel en tant qu'outils de motivation et de valorisation des expériences étudiantes.La mise en place de ce dispositif a nécessité une coordination accrue entre les enseignants et les services des usages du numérique, responsables de l'administration de la plateforme Open Badge Factory. La coopération entre enseignants et ingénieurs pédagogiques a ainsi été indispensable pour adapter les badges aux objectifs de formation.Notre communication interroge l'impact de cette initiative sur deux aspects : l'engagement dans les activités concernées et le sentiment de valorisation. Les résultats présentés s'appuient sur une analyse des rapports disponibles sur Open Badge Factory et sur une enquête par questionnaire menée auprès des étudiants bénéficiaires trois ans après le déploiement du dispositif. En trois ans, 1343 badges ont été émis, mais seuls 53,2% d'entre eux ont été acceptés. L'analyse des réponses au questionnaire (n=74) montre une perception globalement positive des badges numériques, particulièrement parmi les étudiants qui en ont déjà reçu (n=56). La matrice de corrélation met en évidence une relation forte entre la motivation à participer davantage aux activités et l'encouragement à s'impliquer dans les tâches (0,815) pour ceux qui ont reçu un badge. Dans une moindre mesure, le sentiment de valorisation est corrélé à l'influence positive ressenti sur l'engagement (0,643) et à l'encouragement à s'impliquer dans les tâches (0,628).L’un des défis majeurs identifiés au cours du projet réside dans la reconnaissance institutionnelle des badges et leur articulation avec les dispositifs d’évaluation et de certification traditionnels. L’absence d’intégration directe dans les systèmes académiques a limité leur visibilité auprès des étudiants et des enseignants, tandis que leur reconnaissance par les employeurs reste encore inégale.Ce projet met en perspective l'intérêt des badges numériques pour reconnaître les compétences transversales (Rollin, 2022, 2023), même si le dispositif est perçu diversement par les étudiants. Si les badges de reconnaissance sont plutôt bien valorisés, en particulier sur le réseau social professionnel LinkedIn, ceux liés aux compétences restent attachés à la dimension académique.