Résumé
Cette communication analyse l’engagement associatif des Vietnamiens en France pendant la Guerre froide, à partir de sources d’archives policières, diplomatiques et associatives. Héritiers d’une tradition militante ancienne, les Vietnamiens de France s’organisent dès le début du XXe siècle dans des structures qui évoluent progressivement vers un activisme politique fort, notamment durant les conflits d’Indochine. Après 1954, dans un contexte de partition du Vietnam, la diaspora devient le théâtre d’une intense guerre idéologique. Des associations pro-Nord, pro-Sud ou neutralistes émergent, jouant parfois un rôle quasi diplomatique. L’Union vietnamienne pour la paix, l’unité et l’amitié avec la France (1955-1959), dissoute sous pressions politiques, incarne cette diplomatie parallèle. Des mobilisations religieuses, notamment bouddhistes, participent aussi à cette politisation. Après 1975, l’arrivée des réfugiés reconfigure le paysage associatif sans le rompre. Si le militantisme politique décline à partir des années 1980, les associations se recentrent sur la mémoire, la culture et l’humanitaire. Parallèlement, la politique d’ouverture du Vietnam (Đổi Mới) transforme les relations entre l’État vietnamien et sa diaspora. Cette étude met ainsi en lumière le rôle crucial de la diaspora vietnamienne comme acteur transnational, entre engagement politique, solidarité diasporique et recomposition identitaire.