Résumé
Cette communication propose une réflexion sur les représentations du corps des danseuses au Moyen Âge, à l’articulation entre expérience mondaine et expérience mystique. Dans un premier temps, elle analyse les discours et les images issus de la culture chrétienne qui mettent en scène des femmes perçues comme capables de séduire ou de troubler les hommes. Dans un second temps, elle s’intéresse aux gestes extraordinaires associés aux femmes mystiques et à la manière dont ceux-ci expriment une relation singulière au divin.En prenant le corps féminin comme point d’ancrage, cette étude interroge la capacité du geste chorégraphique (qu’il relève de la ferveur mystique ou de l’expérience mondaine) à révéler certains aspects fondamentaux de la culture et de la danse médiévale. Le corpus retenu rassemble des textes et des images thématiquement et chronologiquement proches, sans pour autant appartenir à une même œuvre ni à un même auteur, afin de mettre en lumière des continuités discursives et symboliques. L’originalité de cette recherche réside notamment dans l’étude conjointe de l’ensemble des passages consacrés à la danse dans l’œuvre de Jacques de Vitry, depuis les textes de prédication jusqu’aux écrits hagiographiques. Cette approche permet de relier deux champs souvent dissociés dans l’historiographie de la danse médiévale : celui des sermons et celui des discours sur les mystiques.La thèse défendue est que les gestes des femmes qui dansent, qu’ils soient associés à la sensualité ou à l’extase mystique, sont toujours liés à des interactions. L’expérience sensible apparaît ainsi comme un principe structurant du geste, qui trouve son sens dans la relation à l’autre, qu’il soit Dieu ou les êtres humains.