Résumé
La transformation éthique et durable des organisations nécessite la mise en œuvre d’un Management des Ressources Humaines (MRH) engagé et citoyen, en phase avec les réalités du travail quotidien vécues par les travailleurs, souvent marquées par des paradoxes organisationnels. Dans le travail, certaines situations paraissent logiques isolément mais deviennent irrationnelles simultanément. Les tensions paradoxales qui en découlent peuvent créer un inconfort cognitif et une potentielle souffrance psychologique chez les travailleurs, pouvant affecter leur perception de sens au travail. Bien que ces contradictions puissent exister à tous les niveaux des organisations, les travailleurs de première ligne y sont particulièrement exposés car ils doivent réaliser des arbitrages – souvent dans l’urgence et parfois sans moyens adaptés - entre ce que leur impose le carcan procédural du travail prescrit et ce que suscite le travail réel, d’autant plus lorsqu’il s’agit de satisfaire les intérêts divergents de diverses parties prenantes. C’est le cas des agents de déchetterie, dont le travail opérationnel de première ligne offre un cadre d'étude propice à l’exploration des paradoxes organisationnels, d’autant que le lien entre les paradoxes et la perception du sens au travail reste peu exploré dans la littérature. Cette communication propose de repérer les principaux paradoxes auxquels les agents de déchetterie sont confrontés et les implications de ces paradoxes sur leur perception du sens au travail. Pour examiner ces liens, une étude de cas exploratoire a été menée sur la base d’entretiens semi-directifs. En croisant une typologie des paradoxes et les caractéristiques d’un travail porteur de sens, elle suggère un enrichissement des modèles existants pour mieux refléter la réalité des travailleurs de première ligne et adapter les pratiques managériales en faveur du sens au travail.