Résumé
Il est aujourd'hui établi que la capacité à produire des inférences est une compétence discriminante entre les enfants jugés bons et mauvais compreneurs, ces derniers ne parvenant pas à repérer les passages de l'histoire qui leur seraient utiles pour cette activité inférentielle (e.g., Cain, Oakhill, Barnes & Bryant, 2001). Outre les indices textuels qui sont utiles à la production d'inférences, les indices paralinguistiques véhiculés par la prosodie du narrateur sont également un soutien à la compréhension de textes (e.g., Mira & Schwanenflugel, 2013). Partant de ces deux ensembles de résultats, nous avons jugé pertinent de les combiner et d'examiner simultanément comment les enfants âgés de 9 et 10 ans exploitent ces deux types d'indices (i.e., textuels et paralinguistiques) pour produire des inférences émotionnelles en situation de compréhension de récits. Nous avons sélectionné deux histoires du Petit Nicolas et repéré dans chacune d'elle des passages où la situation suggérait fortement un état émotionnel chez le protagoniste sans que l'émotion ne soit explicitement mentionnée. Les émotions suggérées pouvaient être soit des émotions de base (i.e., joie et colère), soit des émotions sociales (i.e., jalousie, embarras et fierté). La capacité des enfants à identifier les émotions du personnage était évaluée à plusieurs reprises au cours de la découverte de chaque histoire à partir d'une tâche de choix multiples (i.e., encercler l'émotion appropriée parmi la liste des émotions proposées). Pour la moitié des enfants, la tâche était réalisée en présence d'indices issus des passages clés du texte jugés utiles à la production de l'inférence. Nous avons par ailleurs comparé deux situations prosodiques différentes : pour une des histoires, le narrateur était très expressif et sa prosodie était beaucoup moins marquée pour l'autre. Les résultats indiquent que les enfants tirent profit de la présence des indices textuels et de l'expressivité marquée du narrateur pour certaines des émotions seulement (e.g., embarras). Toutefois, l'apport des deux types d'indices à la production d'inférences est fonction de la complexité des émotions d'où l'importance de considérer tant les émotions de base que les émotions sociales. Enfin, la reprise d'indices textuels peut même permettre de nuancer les effets délétères des indices prosodiques, notamment lorsque l'identification des émotions négatives du personnage (e.g., colère) est parasitée par la tonalité humoristique du narrateur.