Résumé
Découvrir de nouvelles classes d’antibiotiques pour combattre l’antibiorésistance est devenue une priorité pourlutter contre les infections nosocomiales. C’est dans cette optique qu’un premier composé issu de la famille desodilorhabdines, produites par la bactérie entomopathogène Xenorhabdus nematophila, a récemment passé avecsuccès l’étape préclinique réglementaire. Les odilorhabdines sont des peptides cationiques inhibant la traductionbactérienne par fixation sur la sous-unité ribosomale 30S[1]. Les souches issues des genres Xenorhabdus etPhotorhabdus vivent en symbiose avec leur nématode et possèdent un génome riche en loci codant pour des nonribosomal peptides synthetase (NRPS) et des polyketide synthases (PKS) et donc en métabolites secondaires.Afin de mieux appréhender les résistances associées qui pourraient émerger lors de l’utilisation clinique de cesmolécules, il est primordial de comprendre comment la souche productrice se protège des molécules actives qu’ellegénère et la distribution du gène de résistance.Matériels, méthodes et résultats :Le locus NRPS permettant la synthèse de la molécule active ainsi des gènes adjacents ont été clonés par recombinaisonhomologue chez E. coli. La détermination des CMI de l’odilorhabdine naturelle NOSO-95C contre les souches de E.coli recombinants a permis l’identification du gène de résistance : oatA codant pour une N-acétyltransférase. Sapurification nous a permis dans un premier temps de confirmer par des tests in vitro qu’elle inhibait bien l’activitéantimicrobienne de NOSO-95C. Ensuite, des analyses LC-MS/MS associées à des tests d’inhibition de la traductionont démontré que OatA agit par acétylation préférentielle du groupement NH2 de l’acide aminé en position 2 deNOSO-95C, bloquant ainsi sa capacité à inhiber la traduction chez E. coli. Cette position avait été décrite commeessentielle dans l’interaction de ce composé avec le ribosome[2].L’analyse phylogénique a permis d’associer de manière exclusive la présence de ce gène de résistance au clusterde l’odilorhabdine trouvé uniquement chez Xenorhabdus nematophila et une clade phylogénétique spécifique dePhotorhabdus[2].Conclusion :Ce travail a permis d’identifier le gène d’auto-résistance de la souche productrice des odilorhabdines et d’observerqu’il n’est présent chez aucune souche clinique. De plus, la souche productrice vivant dans une niche écologiquespécifique, cela diminue fortement la probabilité d’un transfert horizontal.