Résumé
Les correspondances intermodales désignent notre capacité à établir des liens entre les caractéristiques de différentes modalités sensorielles. Différentes hypothèses expliquent ces associations, comme l’ont introduit (Deroy, Crisinel, & Spence, 2013) : l’hypothèse amodale, basée sur des dimensions partagées comme l’intensité ou l’amplitude, l’hypothèse indirecte, médiée par des similarités émotionnelles, et l’hypothèse de la transitivité, où les correspondances se forment via une relation intermédiaire. L’objectif principal de ce travail est de concevoir un outil de prototypage permettant de créer des sons inspirés par les dimensions émotionnelles et créatives des parfums. Nous avons ainsi choisi d’explorer ici l’hypothèse d’une correspondance indirecte entre les odeurs et les sons, via la médiation des émotions. Pour tester cette hypothèse, nous avons mené trois expériences. Les expériences 1 et 2 évaluent les associations émotionnelles respectivement des sons et des odeurs . Dans chacune de ces expériences, 60 participants ont classé 80 sons représentatifs de différents timbres (expérience 1) et 24 ingrédients olfactifs (expérience 2) en fonction de 8 émotions (apathie, tristesse, joie, irritation, relaxation, sensualité, stimulation, stress). Dans l ’expérience 3 , 60 participants ont directement associé 40 sons à 16 ingrédients olfactifs, sélectionnés à partir des résultats des expériences 1 et 2. L’analyse des résultats permet de comparer les correspondances intermodales directes et les associations émotionnelles indirectes. De plus, les sons seront analysés à l'aide de descripteurs acoustiques temporels, spectraux et spectrotemporels. Ces descripteurs constitueront des profils acoustiques permettant de prédire les émotions induites par différents types de sons. En mettant en évidence le rôle central des émotions, ce travail de recherche permettra de représenter des odeurs par des sons, par un contrôle des paramètres acoustiques sous tendant une émotion ciblée.