Résumé
D’après la base IBTrACS (International Best Track Archives for Climate Stewardship), qui archive les données de tous les cyclones tropicaux du globe, l’ouest du Pacifique Nord (100°E à 180°) est le bassin océanique le plus actif avec 30% de l’activité sur la période 1980 à 2019. Dans le débat actuel sur le réchauffement atmosphérique et l'évolution du nombre global des cyclones tropicaux, certaines études ont mis en évidence une augmentation de la fréquence des cyclones des catégories 4 et 5 dans les 6 bassins océaniques. D'autres études ont montré que l'intensité des cyclones des catégories 3 à 5 avait progressivement augmenté au cours des dernières décennies.Nous avons voulu déterminer si une telle tendance existait dans le plus grand bassin cyclonique du globe avec les typhons d’une intensité d’au moins 155 nœuds (80 m/s). Ces phénomènes extrêmes (le haut de la catégorie 5) nécessitent un contenu thermique océanique élevé ainsi que des conditions atmosphériques optimales. La base IBTrACS indique que 42 cyclones de cette intensité se sont formés sur le globe sur les 4 dernières décennies (1980-2019). 27 (64%) se sont produits dans l’ouest du Pacifique Nord sur cette période. IBTrACS donne l’évolution suivante du nombre décennal pour les typhons d’au moins 155 noeuds : 1 pour 1980-1989, 8 pour 1990-1999, 5 pour 2000-2009, et 13 pour 2010-2019. Le nombre significativement plus faible de la décennie 1980-1989 est d’autant plus surprenant que tous les typhons de la période 1980-1987 ont bénéficié des reconnaissances aériennes. Les données d’intensité des typhons obtenues par avion sont considérées comme fiables, et elles ont été utilisées dans de nombreuses publications. Afin d’apprécier la qualité de ces données représentées par le vent maximal soutenu sur 1 minute, nous avons procédé à la ré-analyse de l’intensité des typhons observés par avion et de ceux ayant évolué de 1988 à 2019. Cette ré-analyse a été effectuée avec la méthode de Dvorak (1984) qui utilise les images en infrarouge thermique des satellites météorologiques. Les résultats de la ré-analyse aboutissent à un nombre significativement plus élevé des typhons extrêmes dans l’ouest du Pacifique Nord pour la période 1980 à 2019, 72, par rapport aux données d’IBTrACS, 27. S’il n’existe pas de tendance à la hausse du nombre des typhons extrêmes, leur durée a augmenté sur les 4 dernières décennies. De même, les typhons extrêmes de la décennie 2010-2019 se sont intensifiés de manière plus rapide et ont atteint leur intensité maximale à une latitude plus élevée que ceux des décennies précédentes. En l’absence d’une diminution du cisaillement vertical du vent (entre 200 et 850 hPa) lors des 40 dernières années, ces observations peuvent s’expliquer, en grande partie, par la hausse de la température de l’océan dans l’ouest du Pacifique Nord en lien avec le réchauffement atmosphérique. 60% des typhons extrêmes ont évolué en fin de saison d’octobre à novembre, et 32% sont intervenus en pleine saison de juillet à septembre. Les épisodes El Nino ont produit deux fois plus de typhons extrêmes (26) que les phases La Nina (13) alors que le nombre pour les périodes neutres a été de 33 typhons.