Résumé
L’analyse de la mobilisation électorale en France métropolitaine permet de montrer comment le vote, saisi comme une opération matérielle, tend a progressivement devenir l’expression d’une opinion politique individuelle, libre et éclairée. Or, le cas de l’Algérie coloniale permet de renouveler les questionnements sur le sens du vote, car non seulement la mobilisation électorale est plus tardive dans la colonie qu’en métropole, mais elle se produit dans une colonie de peuplement où les statuts juridiques des individus sont définis par dérogation à l’universalisme républicain (Français non citoyens pour les musulmans, citoyenneté électorale pour les juifs et les chrétiens).Dans ces conditions, l’analyse de la mobilisation électorale (inscriptions sur les listes, taux de participation, taux de mobilisation) à partir d’une sélection de bureaux de vote de la ville d’Oran (commune d’un département qui, plus qu’Alger ou Constantine, compte un très grand nombre de Français d’Algérie) sous la III e République, permet de montrer qu’elle dépend tendanciellement de variables démographiques (implantation géographique des juifs et des chrétiens par bureaux/quartier) et contextuelles (périodes d’antisémitisme). Il s’agit notamment de tester l’hypothèse selon laquelle la mobilisation électorale des Français d’Algérie se fait pour partie contre les juifs devenus électeurs, donc de se demander si les Français d’Algérie sont devenus électeurs citoyens en tant que chrétiens.