Résumé
Cette communication saisit les ressorts de la résurgence de la croche réunionnaise et desdifficultés ou obstacles à sa valorisation en tant que patrimoine réunionnais. Pour se faire,l’analyse s’appuie sur des sources documentaires et netnographiques produites par sesrevivificateurs, des entretiens et des observations.Fin du XIXème - début XXème siècles, la croche est un jeu de corps à corps pratiqué pardes enfants, des adolescents et des jeunes adultes. L’activité se raréfie au cours du second XXèmesiècle, voire disparaît à partir des années 1970, alors que l’État français développe lesinfrastructures publiques et les équipements sportifs à La Réunion (Combeau-Mari, 2003) etque les sports occidentaux y deviennent hégémoniques. Au début du XXIème siècle, après avoiropéré une démarche mémorielle pour retracer l’histoire de l’activité, ses revivificateurscontribuent à sa rénovation – qu’ils revendiquent comme sportive et patrimoniale.Pourtant, cette revivification ne semble pas satisfaire à l’ensemble des objectifs des rénovateurs,en particulier en matière d’identité patrimoniale. Aussi la sportivisation ne suffit pas à garantirle devenir de la pratique et n’engendre pas nécessairement l’invention d’une tradition locale.De fait, si les représentations véhiculées dans les discours des acteurs laissent l’opportunitéd’identifications multiples, ils se présentent surtout comme des allants de soi patrimoniaux(Épron & Violette, 2022). En ce sens, ils semblent hypothéquer la construction et lareconnaissance d’un patrimoine créole et/ou réunionnais. Ainsi nous montrerons que la fragilitéde son statut et de sa communauté mémoriels, l’absence de technique de combat distinctive,l’échec de l’invention de tradition (Hobsbawm & Ranger, 1983), la complexité des stratesidentitaires à La Réunion (Médéa, 2003), le manque de soutien politique et la concurrence dumoring (Combeau-Mari, 2013) expliquent le maintien de la croche dans une dimensionconfidentielle, peu reconnue dans les représentations collectives.Ainsi, le cas de la croche montre que la revendication patrimoniale n’est paspatrimonialisation de fait, et que la notion même de patrimoine identitaire est soumise à uneforme de mythification.BibliographieCombeau-Mari E. (2003). « Les premiers équipements sportifs à La Réunion : une politique del’État (1956-1971) », Staps, 61, 2 : 25-37.Combeau-Mari E. (2013). « Moraingy, mrenge, moring : Permanence et ré-invention despratiques traditionnelles de combat dans les îles de l'Océan Indien : Madagascar, Mayotte,Réunion. », Staps, 101, 3 (2013) : 69-80.Épron A., Violette L. (2022). « L'échec de la sportivisation d'une lutte traditionnelle : larevivification de la croche réunionnaise ». Communication, Autopsie de l'échec sportif.Regards historiques. 20e Carrefours d'Histoire du Sport (SFHS), Limoges.Hobsbawm E. & Ranger T., eds (1983). The invention of tradition, Cambridge: CambridgeUniversity Press.Médéa L. (2003). « La construction identitaire dans la société réunionnaise », Journal desanthropologues 92-93 : 261-281.