Résumé
Sous le sceau implacable de la globalisation, les sociétés gitanes muent et mutent, résistent à l'assimilation (a two-way acculturation). Dans cet essai, il s'agit d'évoquer deux logiques affrontées. D'une part, les appareils idéologiques et les mass média nationaux projettent des jugements de valeur sur les institutions rituelles et familiales (Télérama, TF1, presse locale). Arguant de modernité, reproduisant des schèmes misérabilistes et des représentations négatives, ils contribuent ainsi à assigner les nouvelles générations gitanes à des conduites de ghetto, selon la rhétorique ultralibérale des poches de pauvreté et du repli communautaire. Mais d'autres journalistes témoignent d'une écoute plus sensible. Et loin de ces constructions imagologiques ou de ces " captures par l'image ", qui peuvent procurer le sentiment d'une " perte de l'humain ", d'autre part, dans la réserve et la dignité, des femmes gitanes déconstruisent leurs statuts et trament des parcours atypiques, renversant les stéréotypes dominants, poursuivant leurs études et retardant l'âge au mariage. Dans le même temps, elles réinvestissent des " traditions " et des pratiques différentielles tel le rituel de défloration préconjugale de la mariée, souvent mal perçu par les regards exogènes. Dans les groupes minorisés, les rapports de genre et les stratégies de nuptialité se recomposent dans la mise au monde de relations inédites : " une ouverture vers le futur, un meilleur mode de vie et une nouvelle force de contestation de ses propres paradigmes "