Résumé
En psychologie, la réflexion sur la notion d’Identité a été profondément marquée par les travaux précurseurs de W.James et G.H.Mead. Entre la seconde moitié du 19ième siècle et la première du 20ième, ces auteurs ont tracé les grandes lignes d’un cadre conceptuel qui oriente encore de nos jours la recherche. A partir de la notion de « soi », ce cadre envisage l’Identité sous l’angle d’une tension entre une composante psycho- logique et une composante sociologique. Il en résulte une distinction entre Identité Per- sonnelle et Identité Sociale, pensées comme opposées, complémentaires et indisso- ciables. En ce sens, l’Identité se conçoit comme un phénomène subjectif et dynamique résultant d’un double constat de similitude et de différence entre soi, autrui, nous et eux.Pendant toute la seconde moitié du 20ième siècle, la psychologie sociale va s’attacher à iden- tifier les processus et les constructions cognitives sur lesquels reposent le sentiment identi- taire. Les travaux de Festinger sur la comparaison sociale, ceux de Ta jfel sur la catégorisation ou ceux de Markus sur la cognition du soi feront des avancées décisives dans le domaine. Et l’on découvrira aussi que la problématique de l’Identité est étroitement imbriquée dans celle de la domination sociale. Ces recherches, très nombreuses, ont conduit à une connaissance relativement bien assise des processus identitaires, de leur déroulement et de leurs effets.Mais à partir des années 90, l’apparition de l’Internet soulève de nouvelles interrogations. Puisque l’Identité se construit et s’exprime dans l’interaction sociale, quels peuvent être les effets d’un mode d’interaction grandissant qui autorise l’anonymat ou la falsification ? Le mo- dèle S.I.D.E (Social Identity Deinviduation Effect ) apporte des éléments de réponse à cette question. Selon ses promoteurs, les contextes de communication en ligne ont des répercus- sions cognitives et comportementales. Sur le plan cognitif, on assiste en effet à une hyper- trophie du pôle sociologique de l’Identité. Dans ces situations, surtout lorsqu’elles sont ano- nymes, les interlocuteurs se perçoivent moins comme des individus que comme les membres de différents groupes. Sur le plan comportemental, on assiste à une adaptation des conduites de communication qui tente de tirer parti des ressources offertes par les systèmes. Assez pa- radoxalement, ces effets conjugués font des plate-formes de communication en ligne (chat, forum, jeux, etc…) des lieux sur-régulés par le social. Contrairement à ce que l’on croyait lors de leur apparition, les situations de communication en ligne ne sont pas moins sociales que les communications « IRL » (In Real Life), elles auraient plutôt tendance à l’être davantage.Les travaux expérimentaux qui se sont intéressés aux interactions inter-individuelles et aux interaction de groupe en ligne soulèvent une autre question. Les régulations sociales que l’on voit à l’œuvre dans les situations de communication en ligne divergent-elles par na- ture ou par intensité de celles que l’on observe IRL ? Des travaux récents menés à Mont- pellier (Guégan, 2012), apportent des éléments de réponse à cette nouvelle question.