Résumé
Une nouvelle taxe tombe, et avec elle, une hausse du prix de l’essence. Une taxe écologique perçue comme punitive par une partie de la population pour qui la voiture demeure un outil indispensable. Dans une France rurale désertifiée par la désindustrialisation, où les alternatives de transport restent limitées, et dans une France périurbaine façonnée par les politiques d’aménagement des années 1960-1970, la voiture n’est pas un luxe, mais une nécessité.Longtemps encouragé par l’État et ancré dans l’imaginaire collectif, le mode de vie périurbain – maison individuelle, jardin et véhicule pour chaque membre de la famille – se trouve aujourd’hui fragilisé. Fragilisé par ces nouvelles mesures perçues comme une sanction, mais aussi par le spectre du déclassement qui plane depuis des années, tel une épée de Damoclès.Dans un contexte où les mouvements sociaux basés sur la redistribution ont laissé place à des luttes davantage centrées sur l’identité, les droits et la différenciation – pour reprendre la « grammaire des formes de vie » d’Habermas –, la crise des Gilets jaunes apparaît comme un sursaut d’un ancien temps, ravivant les tensions liées à la lutte des classes.