Résumé
Les processus d'abandon et de démantèlement des lieux de culte au cours de l'Antiquité tardive constituent une thématique prégnante de la recherche en histoire et en archéologie depuis la fin du XXe siècle, en particulier en ce qui concerne l’occident romain. Bien que les sources historiques tendent à accentuer l’importance de certains événements clés, qui dramatisent la fin soudaine du polythéisme, les données archéologiques indiquent quant à elles une transition plus nuancée et graduelle. Elles suggèrent notamment que des dynamiques et des facteurs locaux ont joué un rôle plus important que . C'est pourquoi la recherche doit renoncer à une lecture englobante et se concentrer sur l'obtention d'informations de qualité, étudiées dans leur contexte.Situé en Gaule Narbonnaise, à proximité de Toulouse, le site de Montferrand (ancienne Elusio/Elesiodunum) éclaire ces ces dynamiques sur le temps long à travers l'exemple d'une agglomération de bord de voie. Le site est d'abord un oppidum protohistorique, qui s'étend dans la plaine voisine jusqu'au début du Ier s. av. J.-C., lorsqu'un portorium est mis en place sur le vin importé d'Italie. Elusio fait l'objet d'une mention dans le Pro Fonteio de Cicéron ainsi que dans divers itinéraires antiques, en tant que station le long de la voie d'Aquitaine. Le site a fait l'objet de fouilles pour la première fois en 1955 ; en 1986, des photographies aériennes ont mis au jour divers bâtiments de l’agglomération et deux temples appariés. Ces derniers, au lieu-dit « Le Berrut », sont l'objet d'un programme de fouilles depuis 2022, ayant mis au jour un lieu de culte partiellement démoli et récupéré. Cette phase romaine supplante un enclos fossoyé antérieur, avant d'être démantelée à son tour. Le mobilier trouvé dans les différentes tranchées de spoliation ainsi que d'autres éléments permettent de dater avec précision ce démantèlement dans le dernier tiers du IVe siècle apr. J.-C. Au cours de cette période, une basilique funéraire paléochrétienne est construite à environ 150 m à l'est, probablement en remployant des matériaux provenant des temples du Berrut. Cette communication vise donc à détailler les processus de démantèlement et de réutilisation d'un petit lieu de culte en Gaule méridionale, dans le contexte plus large du développement du site et de ses dynamiques régionales.