Résumé
Les crises successives économiques, climatiques et sanitaires ont mis en lumière la fragilité des systèmes alimentaires actuels à l'échelle mondiale. L'Afrique de l'Ouest est une des régions les plus sévèrement impactées et serait en passe d'atteindre un niveau d'insécurité alimentaire jamais atteint depuis 10 ans selon l'ONU. L'utilisation de "cultures négligées", et notamment de légumineuses pourrait participer à la conception de systèmes diversifiés plus durables d'un point de vue agronomique, nutritionnel et socio-économique en Afrique de l'Ouest. Pourtant, la disparition progressive de ces espèces et des pratiques ancestrales correspondantes révèle l›existence de divers obstacles. Cette étude vise à inventorier la diversité des légumineuses au Sénégal et à comprendre les déterminants techniques, ethniques et socio-économique de leur utilisation par les agriculteurs. Dans un premier temps, une exploration approfondie de la littérature scientifique a permis d'établir une liste de cultures sous utilisées en Afrique de l'Ouest de laquelle ont été extraites les espèces de légumineuse présentes au Sénégal : 29 espèces ont ainsi été identifiées de façon théorique. Dans un deuxième temps, un travail d'enquête auprès des agriculteurs dans les régions du Sénégal-Oriental et la Haute-Casamance, a permis de réévaluer la diversité des légumineuses réellement présentes dans ces régions, d'inventorier les systèmes de culture les utilisant, et de comprendre la perception des agriculteurs à leur égard. L'enquête de terrain a révélé une diversité effective bien moindre que celle estimée par la littérature : seules 5 espèces ont été recensées sur les 90 exploitations agricoles visitées. Cette faible diversité pourrait s'expliquer par des facteurs climatiques, ethniques, ou historiques. Les niébés et le pois bambara sont les espèces de diversification trouvées le plus fréquemment. Deux autres constats ont été établis : une espèce largement cultivée à l'échelle nationale (cas du niébé, Vigna ungiculata) peut être néanmoins négligée à l'échelle locale dans la mesure où la filière et les programmes d'amélioration nationaux ne considèrent pas les conditions de culture spécifique à cette région. D'autre part, la diversité linguistique dans la dénomination des espèces, témoin d'une grande richesse culturelle, entrave l'identification des espèces cultivées. Enfin, l'abondance de légumineuses dans les systèmes a pu être reliée à des contraintes de l'exploitation. Des recommandations spécifiques à chaque province ont pu être élaborées pour favoriser l'utilisation de légumineuses négligées : la mise en place d'une filière nationale pour le pois Bambara, une augmentation de la mécanisation à Kédougou, et une amélioration des pratiques de gestion des ravageurs à Kolda.