Résumé
La structure d'une grande classe de fluides complexes est celle d'un réseau de liens connectés entre eux de façon transitoire : les jonctions se défont et se refont au cours du temps, entrainant un renouvellement permanent de la topologie du réseau. Il est maintenant bien établi que ces fluides viscoélastiques peuvent présenter des fractures [1,2]. Si les fissures se développent instantanément au-delà d'un seuil de contrainte, elles se manifestent aussi en dessous de ce seuil, mais après un certain temps d'attente [2]. Je montrerai comment la mécanique microscopique de nucléation de ces fractures doit être décrite, en mettant en exergue deux régimes physiquement bien distincts: l'apparition des fissures d'un réseau dense est pilotée par la cinétique de la rupture des jonctions [3], alors que la fracture est thermiquement activée [4] lorsque le réseau est lâche. Les domaines de validité de ces deux régimes seront discutés à partir de résultats expérimentaux récents. [1] H. Tabuteau, S. Mora, M. Abkarian, C. Ligoure, 'Microscopic mechanisms of the brittleness of viscoelastic fluids', Phys. Rev. Lett., 102, 155501-155504 (2009) [2] C. Ligoure, S. Mora, 'fractures in complex fluids: the case of transient networks', Rheol. Acta (2013) [3] S. Mora, 'The Kinetic Approach to Fracture in Transient Networks', Soft Matter 7, pp. 4908-4917 (2011) [4] Y. Pomeau, 'Brisure spontanée de cristaux bidimensionnels courbés', C R Acad Sci Ser 314:553 (1992)