Résumé
Les réseaux d’observation de la forêt sont issus de la prise de conscience, par la société, de faits majeurs : - la forêt est un patrimoine que nous devons conserver, à long terme, dans un état satisfaisant ; - notre environnement subit, du fait des actions humaines, des modifications lentes et souvent irréversibles à l’échelle de la vie humaine. Au-delà de la seule valeur économique des forêts, qui reste fondamentale (prélèvement de bois, chasse), les services écologiques prennent une importance croissante dans la gestion forestière (conservation de la biodiversité, stockage de carbone, protection contre l’érosion, qualité des eaux, …). Face à ces valeurs que nous devons maintenir ou accroître, les modifications de l’environnement constituent des risques ou, parfois, des opportunités. Les principaux changements qui affectent l’environnement forestier sont : - le changement de composition de l’atmosphère, avec la vague de fond que constitue l’augmentation de la concentration en CO2 atmosphérique, le maintien élevé du niveau des émissions azotées alors que les émissions de soufre ont fortement diminué depuis le pic de 1980, l’augmentation des niveaux d’ozone, - les changements de fertilité des sols (eutrophisation, acidification, tassement), - les changements d’usage des sols et de pratiques (progression rapide de la surface forestière, régression des zones humides, intensification des dessertes forestières, mécanisation croissante), - les changements climatiques (augmentation de la température, et donc de la fréquence des événements de sécheresse). Les recherches et les réseaux d’observation ont permis de montrer, depuis une vingtaine d’années, que les écosystèmes forestiers répondent à ces modifications de l’environnement. Contrairement à un a priori écologique qui a longtemps prévalu, les forêts ne sont pas dans un état stationnaire. Après une révolution forestière, on ne revient pas à l’état initial, en raison des variations à long terme de l’environnement. Quelles sont ces évolutions non cycliques de la forêt ? - Celle -ci s’étend, à grande vitesse, et c’est probablement le changement écologique le plus important des forêts au cours du XXe siècle. Après des millénaires d’érosion, la forêt reconquiert les territoires abandonnés par l’agriculture. - La productivité des forêts s’accroît rapidement. Les causes de cet accroissement sont encore mal cernées. - Les prélèvements de bois n’ont pas suivi cette augmentation de la productivité. Par suite de ces deux phénomènes, accroissement des surfaces et prélèvements inférieurs à la croissance, le stock de bois sur pied augmente rapidement. Cela crée un puits de carbone aujourd’hui très important mais dont la pérennité n’est pas maîtrisée. - Les arbres montrent, sous l’effet du changement climatique, un décalage significatif de leur phénologie : date de débourrement et de chute des feuilles, avec un allongement régulier de la saison de végétation depuis une trentaine d’années. - L’alimentation des arbres en nutriments se modifie. - Certaines espèces montrent déjà des déplacements de leur aire de répartition : végétaux lauriphylles, processionnaire du pin, mais on n’observe pas encore de déplacements massifs des écosystèmes. Dans ce contexte, les événements extrêmes (tempêtes, sécheresses ou canicules) constituent des « expérimentations » précieuses pour les recherches sur les impacts d’un futur plus chaud. Pouvait-on, a-t-on prédit ces évolutions de la forêt avant de les observer? Non, tout au plus a-t-on réussi à prédire leur sens de variation. Mais ces observations ont-elles été faites dans les réseaux de monitoring ? Pas toujours. Ces résultats ont pour la plupart d’abord été obtenus à partir de petits échantillons issus du monde de la recherche. Mais seuls les systèmes actuels de monitoring, renforcés dans le cadre du changement climatique, apportent la nécessaire confirmation de ces premiers résultats de la recherche, permettent de quantifier avec plus de précision l’ampleur des phénomènes, de les cartographier et aident à leur interprétation. En complémentarité avec le réseau 16 x 16 km, Renecofor joue à ce niveau un rôle très particulier. C’est le réseau le plus proche de la recherche, et, à ce titre, il bénéficie d’une qualité d’observation très supérieure aux autres sur beaucoup d’aspects. C’est en particulier le laboratoire qualité dans lequel sont évalués les techniques de monitoring appliquées par ailleurs à plus grande échelle.