Résumé
Cette contribution propose d'examiner les conditions de mise en oeuvre (en d'autres termes, la science telle qu'elle se fait) d'un projet européen de recherche-action et les contraintes rencontrées au cours de son déploiement. Le projet TADAM (Tools & Awareness about Disinformation, Algorithm and Media) a pour objectif la production de ressources éducatives en EMI et la co-conception d'une formation de formateurs.
Mots-clés : dispositifs de formation, EMI, intelligences artificielles, projet européen, coconstruction Les conditions de la recherche ont largement évolué en France et en Europe depuis le début du vingt et unième siècle. S'observent notamment deux tendances : la participation au débat public sur des sujets de société (climat, nucléaire, santé mentale, et bien sûr IA) et le partenariat entre organismes publics et privés. Stéphanie Tralonglo établit un bilan de la situation de la recherche et met en évidence « trois injonctions du travail scientifique, qui sont peu à peu devenues des injonctions parmi les plus marquantes et récurrentes aujourd'hui dans le quotidien des chercheurs : l'internationalisation de la recherche, la pluridisciplinarité et le financement par contrat. » (Tralonglo, 2024). Son ouvrage invite à réfléchir aux conditions d'exercice de la recherche, et à s'intéresser à la manière dont les équipes travaillent aux différentes phases d'un projet de recherche, en prenant en considération ces trois injonctions. Le projet TADAM (Tools & Awareness about Disinformation, Algorithm and Media) s'inscrit pleinement dans ce contexte. Il s'agit d'un projet de recherche-action européen, financé par Creative Europe, ce qui correspond à l'injonction d'internationalisation. Il réunit des chercheurs de différentes disciplines en SHS et des acteurs de la formation, et remplit donc l'injonction à la pluridisciplinarité. Le projet est, dans ce cadre européen, financé sur les salaires de différents membres des équipes. Ainsi, les conditions dans lesquelles la recherche s'effectuent sont très largement dépendantes de ce contexte et cela a pour conséquence que les pratiques de recherche sont affectées. Nous proposons donc de prendre une posture réflexive sur nos conditions de production de savoirs en lien avec des enjeux contemporains de premier plan, les intelligences artificielles et les transformations des pratiques et écosystèmes informationnels. Dans la continuité des travaux de Bruno Latour, nous posons une réflexion sur la science qui se fait dans le projet TADAM.
Nous proposons donc d'interroger les conditions de mise en oeuvre de ce projet européen de recherche-action. Pour présenter succinctement le projet, il se déroule sur 2 années (janvier 2024 à décembre 2025) et réunit 9 partenaires de 6 pays européens (4 universités, 1 organisme de recherche et 4 structures spécialisées dans la formation et l'éducation aux médias). C'est un programme de recherche appliquée qui porte précisément sur la médiation des savoirs : la création de ressources et de dispositifs pour la formation de formateurs dans le domaine de l'éducation aux médias et à l'information. Cette ambition concrète s'inscrit en lien avec un contexte social, technologique et politique dans lequel la place et le rôle des intelligences artificielles sont considérés comme inéluctables et pour lequel il apparaît donc nécessaire, voire indispensable d'accompagner massivement les usages. Dès lors, nous pouvons nous interroger sur la manière dont les liens s'établissent entre une attente sociale cruciale (au vue des annonces de "révolution" attachée au développement des IA) et la production de