Résumé
Géraldine, protagoniste fictionnelle du roman d’Evelyne Trouillot, Absences sans frontières (2013), grandit en Haïti élevée par sa grand-mère et sa tante, loin de son père émigré à New-York et travailleur clandestin. Dans Brother, I’m Dying (2007), Edwidge Danticat relate la vie et la mort de son père et de son oncle, tous deux inhumés aux États-Unis. Le premier, émigré à New-York et citoyen américain, meurt d’un cancer du poumon. Le second, devant fuir Haïti en 2004, meurt au centre de détention de Krome en Floride, privé du statut de demandeur d’asile comme de ses droits fondamentaux. Véritable texte d’investigation forensique (forensics), le récit puise dans les traditions tant autobiographiques et biographiques que journalistiques pour s’interroger sur et s’opposer à des modes de gouvernance qui brisent délibérément les individus dans le but prétendu de protéger les états-nations.Dans le contexte de ces familles haïtiennes séparées de multiples fois au fil de l’histoire africaine, atlantique et nord-américaine, sans cesse dispersées de chaque côté de l’océan, ces deux textes font usage de la fiction et de la non-fiction de façon remarquable. Cette communication se propose d’examiner la politique des stratégies littéraires choisies par Danticat et Trouillot pour mettre à mal les processus de dispersion contrainte et de séparation forcée, pour faire émerger à travers le texte une cour de justice (forensis) symbolique. En inventant de nouveaux modes de circulation, l’enjeu est bien de pouvoir retisser le lien brisé, de recréer un espace public qui puisse être partagé par tous et toutes (forum).