Résumé
Exploiter la diversité pour mieux comprendre les maladies du bois. Jean-Pierre Péros UMR AGAP INRA Equipe Diversité Adaptation et Amélioration de la Vigne 2, place Viala 34060 Montpellier cedex Contact : jean-pierre.peros@supagro.inra.fr Les maladies du bois expliquent en partie le dépérissement du vignoble. Leur analyse doit prendre en compte les connaissances assez nombreuses déjà acquises chez d’autres plantes pérennes : classification des multiples facteurs qui interviennent, existence d’une compartimentation dans le bois, efficacité de différentes barrières s’opposant à la progression des champignons, et structure et fonctionnement de la communauté fongique. Pour avancer dans les recherches sur la vigne et identifier les facteurs les plus importants, il est proposé tout d’abord d’exploiter la grande variabilité de l’incidence selon les parcelles. La progression des pertes au cours du temps est en effet très variable d’une parcelle à l’autre même très proches. La perception du problème et le seuil d’acceptabilité peuvent être très différents selon les viticulteurs. Par exemple, des symptômes discrets d’eutypiose visibles uniquement au printemps sont bien plus insidieux qu’une apoplexie brutale due à l’esca pendant la phase de maturation du raisin. A l’échelle du cep, une diversité importante existe également pour l’expression des symptômes externes, l’importance et la localisation des parties du cep colonisées par les champignons (facteur contributif). Les symptômes externes, s’ils existent, ne donne qu’un aperçu très limité de la structure et du fonctionnement de la communauté fongique dans le bois. Le point crucial a été d’identifier au sein de la communauté fongique des espèces pionnières qui débutent la dégradation du bois et contre lesquels la lutte devrait être menée en priorité (Phaemoniella chlamydospora, Phaeoacremonium aleophilum, Eutypa lata). L’analyse génétique des populations de ces espèces à différentes échelles géographiques a permis de préciser les modes de reproduction et de propagation. Ainsi, E. lata est une espèce hétérothallique dont la propagation est assurée uniquement par les spores sexuées. Chaque cep malade héberge un individu génétiquement différent et les individus varient fortement pour leur agressivité. Le matériel végétal est un des facteurs favorisants prépondérants avec en particulier un effet du cépage sur l’efficacité des barrières à la colonisation et sur la détoxication des productions fongiques. Une autre direction possible pour les recherches serait d’analyser de façon conjointe la diversité des cépages et la diversité des espèces pionnières. En mobilisant des méthodes précises de phénotypage et différentes approches (génétique, physiologie), l’objectif serait de valider simultanément les composantes de la tolérance de la vigne et les composantes de l’agressivité des champignons. Cette connaissance plus fine des interactions pourrait déboucher sur des marqueurs utilisables pour identifier des cépages plus tolérants aux espèces pionnières parmi les cépages actuels ou issus de nouveaux programmes de sélection.