Résumé
Les fouilles archéologiques pratiquées à Aix-en Provence ces dernières années ont montré que la sédimentation dans l’immédiate périphérie sud de la ville historique était dominée, depuis le Néolithique (ancien ?) jusqu'à l’Antiquité, par des séquences à dominante colluviale dans un contexte humide à palustre. Pour expliquer cette hydromorphie, Ch. Jorda en 2004 a mis en relation des données paléo-environnementales et topographiques et proposé l’hypothèse que le centre ville était traversé par un paléo-vallon ramifié, d'axe nord-est/sud-ouest, ayant pour origine les abords occidentaux du chenal actuel de la Torse, affluent de l'Arc situé au nord est de l'agglomération. Implantée, en 2007, sur l'axe supposé d'une des branches du chenal restitué par Jorda, la fouille préalable à l’extension du Parking Mignet a été l’occasion de valider cette hypothèse. Les archéologues de la ville d’Aix-en-Provence ont en effet mis en évidence une sédimentation complexe typique du colmatage d'un ancien vallon. Les différentes analyses paléo-environnementales (granulométrie, malacologie, étude microfaunistique) indiquent que la stratigraphie du site se compose d’une succession de colluvions et de séquences alluviales découlant du rapprochement et du débordement de petits organismes hydro-sédimentaires mobiles. Outre la confirmation de la présence de ces organismes dans cette zone depuis le Pléistocène jusqu'à l’époque antique, cette opération a également révélé l’existence d’une fréquentation précoce jusqu’alors inconnue à Aix-en-Provence, datant, au plus tard, de la fin du Paléolithique moyen. Il est enfin apparu que le secteur, occupé par différents ordres religieux au cours du Moyen Âge, était soumis à une hydromorphie récurrente durant tout le Petit Age Glaciaire. Bien plus qu’une source ponctuelle d’information paléo-environnementale, cette documentation doit être plus largement considérée comme un nouveau jalon dans l’étude paléogéographique du centre-ville aixois initiée par Jorda. Les données géoarchéologiques issues de la fouille de l’extension du Parking Mignet permettent en effet de mieux appréhender l’évolution des paysages dans ce secteur, depuis la Préhistoire jusqu’à la création du quartier Mazarin au XVIIe siècle. D’un point de vue méthodologique, cette fouille a été le point de départ d’une collaboration plus étroite avec les archéologues. Les opérations de fouille, comme les diagnostics, prennent désormais systématiquement en compte l’approche paléoenvironnementale dans leurs stratégies. Les résultats de ce partenariat tiennent essentiellement à une compréhension plus fine et plus complète des modes d’occupation de la ville.