Résumé
Countries near the southern borders of the Mediterranean have to pace with an imbalance between supply and demand of water: they face high population growth and thus continued growth in water demand. Further amplifying the problem, is that expanding the availability of water resources is not guaranteed (insufficient renewable water resources, unequally distributed resources even within territories, shared resources between several countries, inaccessible water resources). This situation has resulted so far mainly by mobilizing additional water: renewable resources are overexploited, non-renewable resources are depleted, and some countries are resorting to seawater. This water supply management can be expensive, due to the technology required and also in the long term when a nonrenewable resource is not optimally exploited. It must therefore be accompanied by water demand management, while making allowance for poverty level when the objective is to ensure a water access for all. The aim of this communication is to review the state of water demand and tool available to manage it. Water demand in the sub-region is characterized by a rate of drinking water often comprehensive in urban areas and a coverage rate for sanitation often disparate: in Egypt, Israel, Lebanon and Turkey, access to drinking water is almost universal in both urban and rural areas and sanitation coverage is greater than 90%; in Jordan, Tunisia and Morocco, drinking water access is almost universal in urban areas but less developed in rural areas; for 3 Algeria, the Palestinian Territories and Syria (situation prior to the Civil War) water and sanitation coverage are not universal but between 80 and 90%. The most recently observed monthly water consumption range from 7 to 14 m³ per household for all countries (end of 1990’s, 2000’s). In Tunisia, Morocco and Algeria, several studies report a fall in unit consumption of households connected to the water supply network. Expressed in terms of daily consumption per capita, consumptions in Morocco and Tunisia appear among the lowest values in the sub-region, those in Israel are the highest (where the standard of living is also the highest), as well as in Lebanon and Egypt, where tariff policy give very few incentive to save water. Different water demand management policies are implemented and the oldest one is pricing policy. The review of pricing policies in the sub-region produced the following observations: There is a great heterogeneity in tariff structures applied. The bill is mostly calculated according to metered water, and, most often, sanitation is integrated with the water bill. The most common rate base is binomial (a fixed part and a variable part). Jerusalem is currently applying the most incentive to water saving tariff grid with a very high initial price (3,07 US$/m³ for 10 m³). It is followed by Istanbul’s tariff grid for which the application of a high initial price (1,09 US$/m³ for 10 m³) is combined with a high tariff escalation. The least incentive pricing is that of Lebanon with an annual packaged fixed price. The tariff grid in force in Tunisia is among the least incentive: high tariff escalation does not compensate for the low level of initial price (0,38 US$/m³ for 10 m³) compared to other countries. Morocco is meanwhile in the average of regional practices (from 0,75 up to 0,91 US$/m³ for 10m³). One indicator of the impact of tariff policy on water consumption is given by the price elasticity measuring the change in demand due to a change in price. A dozen studies about water demand in the sub-region, giving data from 1980 to 2008, report price elasticity values ranging from -0.2 to -0.8 (with some outliers). They are slightly higher than those observed in developing countries, which in most cases range between -0.3 and -0.6 for private connections - data from a meta-analysis conducted by Nauges & Whittington (2009). The heterogeneity of tariff structures, even the novelty in comparison with the countries of the northern shore of the Mediterranean, are contrasted with the slow evolution of pricing policies in each country. This inertia is probably due to the sensitivity of water price, from a social and political point of view, since water is an essential commodity. Thus, given the significant issues in the region, other tools could be used to encourage water conservation: they may be technical (counting and network performance improvement), or institutional and regulatory (awareness campaigns, rationing, reuse of treated wastewater for irrigation).
Les pays du pourtour du sud méditerranéen font face à un déséquilibre croissant entre l’offre et la demande d’eau : la pression démographique et donc la demande sont fortes tandis que l’extension de la disponibilité des ressources n’est pas garantie (quantité insuffisante des ressources renouvelables, ressources inégalement réparties au sein même des territoires, ressources partagées entre plusieurs pays, voire des ressources difficilement accessibles). Ainsi, les ressources renouvelables sont parfois surexploitées, les ressources non renouvelables sont utilisées et certains pays recourent aussi à l’eau de mer. Cette gestion par l’offre peut être coûteuse, du fait des technologies utilisées mais aussi dans le long terme lorsque l’on exploite de manière non optimale une ressource non renouvelable. Elle doit donc être accompagnée d’une gestion de la demande en eau, tout en prenant en compte le niveau de pauvreté et donc l’objectif de garantir un accès à l’eau à tous. Cette communication a pour objectif de faire un état des lieux de la demande en eau potable et des outils de gestion mis en place pour la gérer. La demande en eau dans la sous-région se caractérise par un taux de desserte en eau du réseau souvent complet en zone urbaine et un taux de couverture en assainissement disparate : en Egypte, Israël, Liban et Turquie, l’accès à l’eau potable serait quasi-universel aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural et le taux de couverture en assainissement supérieur à 90% ; en Jordanie, en Tunisie et au Maroc, l’accès à l’eau potable est quasi-universel en milieu urbain mais moins développé en milieu rural ; pour l’Algérie, les Territoires Palestiniens Occupés et la Syrie (situation antérieure à la guerre civile) la desserte en eau et la couverture en assainissement ne sont pas universelles mais comprises entre 80 et 90%. Les consommations mensuelles par ménage les plus récentes observées (fin des années 1990, années 2000) sont comprises entre 7 et 14 m³ sur l’ensemble des pays. En Tunisie, au Maroc et en Algérie, plusieurs études constatent une tendance à la diminution des consommations unitaires des ménages abonnés aux réseaux d’eau potable. Ramenées à l’échelle individuelle (consommation journalière par habitant), les consommations au Maroc et en Tunisie apparaissent parmi les valeurs les plus faibles de la sous-région tandis qu’elles sont les plus hautes en Israël, où le niveau de vie est le plus élevé, ainsi qu’au Liban et en Egypte, où des politiques tarifaires très peu incitatives à l’économie d’eau sont appliquées. Différentes politiques de gestion de la demande en eau sont instaurées. La plus ancienne concerne la tarification dont la revue des pratiques dans la sous-région conduit aux observations suivantes : Il existe une très grande hétérogénéité dans les structures tarifaires en application. La facturation de l’eau se fait majoritairement au compteur, et, le plus souvent, l’assainissement est intégré à la facture d’eau. La base tarifaire la plus commune est de type binomial (une partie fixe et une partie variable). 2 La grille tarifaire la plus incitative à l’économie d’eau est celle en vigueur à Israël où le prix initial est très élevé (3,07 US$/m³ pour 10m³). Elle est suivie de la grille d’Istanbul pour laquelle l’application d’un prix initial fort (1,09 US$/m³ pour 10 m³) est combinée à une forte progressivité des tarifs. La tarification la moins incitative est celle du Liban, où le forfait s’applique. La grille tarifaire en vigueur en Tunisie figure parmi les moins incitatives : la forte progressivité des tarifs, du fait notamment d’une tarification par tranche pour l’eau ne compense pas le faible niveau du prix initial (0,38 US$/m³ pour 10 m³) par comparaison aux autres pays. Le Maroc figure quant à lui dans la moyenne des pratiques régionales (entre 0,75 et 0,91 US$/m³ pour 10m³). L’un des indicateurs de l’influence de la politique tarifaire sur la consommation en eau est donné par l’élasticité prix qui mesure l’évolution de la demande en fonction d’une variation de tarif. Les valeurs observées sur une douzaine d’études de la demande dans la sous-région portant sur des données de 1980 à 2008 se situent dans une fourchette de -0,2 à -0,8 (avec quelques valeurs extrêmes). Ces valeurs sont légèrement supérieures à celles observées dans les pays en développement, dans la plupart des cas comprise, entre -0,3 et -0,6 pour les branchements privatifs - données issues d’une méta-analyse conduite par Nauges & Whittington (2009). La grande hétérogénéité des structures tarifaires, voire même le caractère novateur par comparaison avec les pays de la rive nord de la Méditerranée, contraste avec l’évolution très lente des politiques tarifaires au niveau de chaque pays. Cette inertie s’explique sans doute par le caractère sensible, d’un point de vue social et politique, du prix de l’eau, bien essentiel. Aussi, face aux enjeux importants dans la région, dans certains pays, d’autres outils sont utilisés pour inciter à l’économie d’eau. Ils peuvent être d’ordre technique : amélioration du comptage et des rendements des réseaux de distribution, ou institutionnels et réglementaires : campagnes de sensibilisation, politiques de rationnement, réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation.