Résumé
Dans un contexte économique de plus en plus exigeant, les dirigeants de petites et moyennes entreprises (PME) sont soumis à une pression constante. Entre décisions stratégiques, gestion de crise, responsabilités multiples et solitude du pouvoir, leur équilibre psychologique, physique et relationnel est mis à rude épreuve.Si la santé des dirigeants de PME est bien documentée dans la littérature, les mécanismes concrets par lesquels ils mobilisent leurs ressources pour y faire face restent encore peu explorés.Ce travail mobilise le concept de Noyau Dur Relationnel (NDR) afin d’analyser la manière dont la santé du dirigeant dépend de l’articulation entre ses ressources individuelles constitutives du noyau identitaire et un noyau dur humain composé d’acteurs clés internes et externes à l’entreprise.S’appuyant sur une étude qualitative menée auprès de 67 dirigeants de PME, l’analyse montre que la santé du dirigeant ne dépend pas uniquement de stratégies de régulation individuelles, mais de la qualité, de la diversité et de la régulation d’un écosystème relationnel structuré autour du NDR. Trois sous-systèmes interdépendants sont identifiés : un soutien émotionnel stabilisant, un soutien fonctionnel contribuant à la régulation de la charge mentale et un soutien stratégique favorisant la prise de recul et la réflexivité décisionnelle.L’étude met également en évidence les mécanismes de bascule entre soutien protecteur et soutien contraignant, tels que la fusion relationnelle, la sur-loyauté, l’homogénéité des rôles ou la dépendance affective, montrant que le soutien relationnel peut devenir vulnérabilisant en l’absence de régulation.Sur le plan théorique, les résultats prolongent les modèles classiques du soutien social en proposant une lecture écosystémique et processuelle de la santé entrepreneuriale, dans laquelle le NDR agit comme un mécanisme de co-régulation émotionnelle, cognitive et organisationnelle. Sur le plan managérial, l’article invite à accompagner les dirigeants non seulement sur leurs ressources individuelles, mais sur la structuration, l’activation et la gouvernance de leur écosystème relationnel. Ces résultats invitent à repenser les dispositifs d’accompagnement des dirigeants à partir d’une approche centrée sur la structuration et la régulation de leur environnement relationnel.