Résumé
Le mot collectif, dans un régime communiste ou socialiste, résonne de manière toute spéciale. L’organisation de la société est toute entière tournée vers l'aspect commun, tentant de détourner les citoyens d’aspirations individualistes.Dans la République populaire de Pologne (1946-1990), la structure des moyens de production du cinéma n’échappe pas à cette image collectiviste. Loin d’une vision libéralisée des équipes de films se formant et se déformant au gré des tournages, la structure de production des films intègre en son noyau des collectifs d'artistes et de techniciens, regroupé au sein de collectifs de production, qui travaillent ensemble sur le long terme et réfléchissent de façon commune aux films que ces collectifs produisent.C’est ainsi qu’entre 1955 et 1990, un système unique d'organisation collective de la production va exister en Pologne. Huit « collectifs de production » (zespołów filmowych) sont créées dès 1955 pour augmenter le nombre de longs-métrages produits. Parallèlement cela permettra la création d’un espace de liberté dans ce territoire où plusieurs pans de la société sont verrouillés par l’État. Ces nouvelles structures sont dirigées à chaque fois par un réalisateur renommé ou expérimenté, témoin de l’aspect artistique de ces collectifs de production.Ce nouveau système permet à l’État polonais communiste de structurer ses activités autour d’un modèle décentralisé de production de films. Ainsi, les initiatives filmiques proviennent désormais des réalisateurs, des techniciens et des artistes, et non plus directement du Ministère, des fonctionnaires ou des Comités du parti. Ce modèle a permis d’abandonner en partie la vision dogmatique du cinéma. Ainsi, les techniciens sont affiliés à une unité de production particulière et ne peuvent pas en changer à chaque tournage. Cela a pour conséquence qu’une même équipe technique peut travailler en collaboration sur de nombreux films et durant de nombreuses années. Cette stabilité voulue par le système communiste a paradoxalement contribué à accentuer l'autonomie et le pouvoir de ces collectifs. Elle a renforcé la fraternité entre ses membres ; les équipes se connaissent et ont l’habitude de travailler ensemble et finalement, l'union créée au sein des collectifs permet d’accélérer le nombre de films produits. Mais surtout, elle permet également de concrétiser la structuration d’une forme de contestation au régime, qui passera par le sein même de ces structures collectivistes imaginées par l’État.Ce système fonctionnera jusqu’en 1990 et l'effondrement du régime socialiste.