Résumé
J’interroge les relations qui peuvent s’établir entre la lecture subjective (Langlade, 2004) d’albums exprimée par des enseignantes expérimentées de cycle 2 et leurs choix d’enseignement. Je cherche à savoir si la prise de conscience ou l’enrichissement de leur propre texte de lecteur les aide dans la mise en œuvre de séance de littérature. J’interroge aussi la réalité des lectures subjectives et interprétatives de la littérature de jeunesse par ces professionnelles. Ma proposition rend compte d’une recherche exploratoire, limitée à deux enseignantes, et sera enrichie dans le cadre de ma recherche doctorale. Pour répondre à cette question, je m’appuierai sur les captations de deux séances de littérature en classe de CE1 et CE2, menées dans le cadre d’une recherche collaborative sur les enseignements littéraires incluant des débats interprétatifs (Dias-Chiarutini, 2011) et des temps d’écriture de la réception (Le Goff, Larrivé, 2018). J’étudierai complémentairement les verbatim d’entretiens semi-directifs revenant sur les lectures personnelles que les deux enseignantes font des albums et sur les raisons qui président à leurs choix d’enseignement. Les analyses des textes de lecteur révélés par les entretiens distingueront les dimensions de la subjectivité en adaptant certaines des catégories élaborées par Marion Sauvaire qui définit des « ressources subjectives » mobilisées par des lycéens lecteurs (2013). Pour repérer l’influence éventuelle des interprétations personnelles dans l’agir enseignant (Bucheton, 2020), j’analyserai les captations en me centrant sur les interactions entre élèves et enseignantes. J’observerai ainsi particulièrement le traitement que les enseignantes font des interventions qu’elles n’avaient pas prévues et plus largement des remarques qui traduisent les lectures singulières des élèves. Je montrerai une relation entre la capacité des enseignantes à s’engager personnellement dans une lecture immersive (qui ne se limiterait pas à une approche strictement professionnelle du texte) et la conduite de la classe de littérature. La posture de lecteur subjectif est certainement utile à la conception de consignes d’écriture et pour induire le débat. Elle favorise aussi les adaptations à la diversité des interprétations des élèves lecteurs et les ajustements des gestes permettant de relancer de leur réflexion (Jorro et Crocé-Spinelli, 2010).