Résumé
Entre les VIIIe et XIIIe siècle, les terres centre-orientales de l’actuelle d’Estrémadure se situent à la frontière de l'expansion féodale des royaumes de CasMlle et Léon chrétiens. Dans ce contexte, Albalat, un bourg musulman fortifié, se présente comme un point stratégique d’étape et de contrôle de cet espace. Mentionné par les sources textuelles dès le Xe siècle, cet établissement est entièrement détruit en 1142 par les troupes chrétiennes, puis laissé dans un état exceptionnel d’abandon, offrant un témoignage fort de la vie quotidienne de ses habitants. Grâce au projet pluridisciplinaire Albalat, lancé en 2009, plusieurs études archéobotaniques ont été menées sur le site, apportant un éclairage précieux sur la gestion des ressources végétales dans ces campagnes méconnues d’Estrémadure médiévale. Albalat produisait une grande variété de ressources végétales avec l’exploitation de différents terroirs, probablement disponibles à proximité : champs ouverts, forêts de chênes persistants, berges de la rivière et la rivière elle-même (Ros et al., 2018 ; Ros et al., 2019 ; Ros et al., 2024). À partir de données archéobotaniques préliminaires, une première reconstruction du paysage environnant avait été proposée ; toutefois, il subsistait un certain nombre d’incertitudes sur l’état de cette végétation, ainsi que sur les relations qu'entretiennent les habitants avec les espaces forestiers. Grâce à une synthèse anthracologique portant sur l’ensemble des études menées depuis plus de dix ans, nous proposons de reconstituer l’évolution des boisements alentours, et de s’interroger sur les modalités d’acquisition, de distribution et d’usage du bois au sein du site. Les données sont issues d’un travail doctoral financé par l’ANR ISEMA (ANR-23-CE27-0003, PI: J. Ros), ainsi que des études réalisées auparavant sur le site, et font état de 9462 charbons observés répartis dans 144 US. Une analyse sur des macrorestes foliaires, consistant à identifier desempreintes de feuilles, vient compléter les données disponibles. Les résultats révèlent denouveaux boisements exploités entre la première et la deuxième phase d’occupation du site,indiquant un changement de zone d’approvisionnement potentiellement en lien avecl’intensification des tensions frontalières. Une majeure partie du combustible d’Albalat estcomposé d’arbres fruitiers au statut économique avéré (olivier, vigne, prunier, abricotier),probablement issu de la récupération des déchets de tailles durant l’entretien des parcellescultivées. Afin de mieux appréhender l’accès et l’usage de ces ressources en bois au sein dusite, et une spatialisation des données par édifices et contextes est proposée.Références :Ros J., Garrido Garcia J. A., Ruiz Alonso M., Gilotte S. 2018, “Bioarchaeological results from the House 1 at Albalat (Romangordo, Extremadura, Spain): agriculture, livestock and environment at the margin of alAndalus”, Journal of Islamic Archaeology, Vol. 5 No. 1 (2018): Special Issue: Agropastoral Landscapes In The Islamic World: Producing, Trading and Feeding: 71-102.Ros J., Gilotte S., Sénac Ph., Gasc S. et Gibert J., 2019, « Alimentación vegetal y agricultura en los márgenes de al-Andalus: nuevos datos arqueobotánicos », In : Delgado Pérez M. M. et Pérez-Aguilar L.-G. (éds) : Economía y Trabajo. Las Bases Materiales de la Vida en al-Andalus, EdiMons Alfar Universidad, Séville : 43-80.Ros J., Gilotte S., Losilla N., Pastor T., 2024. "Dieta vegetal en al-Andalus: el aporte del estudio de dos pozos negros en Albalat (Extremadura)", In : Gómez S., Hervás M. A., Melero M., VII Congreso de Arqueología Medieval (España-Portugal), Sigüenza, marzo 2023, Ed. Asociación Española de Arqueología Medieval : 215-222.