Résumé
Les apparitions surnaturelles de cavaliers providentiels trouvent leur origine dans les dioscurophanies antiques, telles que celles rapportées à Sagra (510 av. J.-C.), au lac Régille (499 av. J.-C.), ou encore à Pydna (168 av. J.-C.). Par un phénomène de porosité symbolique, des figures d’anges cavaliers apparaissent dans la littérature du Second Temple, notamment en 2 Maccabées 10,29, en continuité directe avec les anges guerriers vétérotestamentaires. Cette tradition favorise, au sein du christianisme proto-byzantin, l’émergence d’un culte des saints militaires, où l'on retrouve des figures emblématiques comme saint Georges, Théodore Tiron, Serge de Resafa, Mercure de Césarée, ou encore des personnages plus énigmatiques tels que Sissinus et même le roi Salomon sous une forme cavalière. Au-delà de leur rôle eschatologique et psychopompe d’intercesseurs divins, ces figures développent une fonction guerrière à la frontière du magique, de l’ésotérique et de la religiosité populaire. Le topos du cavalier céleste, évolution du guerrier divin, devient dans un contexte de Heilsgeschichte le vecteur d’une transition de l’angélophanie vers l’hagiophanie militaire. Dans un cadre de légitimation progressive de la “guerre juste”, les saints guerriers apparaissent ainsi non seulement comme des instruments de la volonté divine, mais aussi comme un reflet des représentations sociales de l’armée dans la société proto-byzantine. Le passage de l'angélophanie à l’hagiophanie témoigne d’une profonde porosité entre les sphères céleste et terrestre, et révèle une relecture continue du pouvoir sacré dans le contexte de la militarisation croissante du culte au sein de l’Empire chrétien naissant.