Résumé
Les territoires portuaires intègrent de manière croissante l’écologie industrielle et territoriale (ou économie circulaire) comme facteur de différenciation, dans un contexte mondial très compétitif entre places et régions portuaires. L’écologie industrielle et territoriale interpelle les acteurs portuaires (autorités portuaires, entreprises, collectivités d’ancrage des zones industrielles, etc.) sur de multiples enjeux propres à leur stratégie de développement : socle d’une réflexion sur le développement de services et d’utilités pour le secteur industriel, elle est un vecteur d’attractivité et parfois même de maintien pour les entreprises. Source d’innovation et d’intégration environnementale, elle est un vecteur d’acceptation auprès des acteurs locaux. Interface entre de multiples intérêts et diverses compétences, elle est enfin un vecteur du renouvellement des collaborations entre acteurs des ports et acteurs des villes (Mat, N. et Cerceau J., 2011).Quelle appropriation des enjeux de gestion des déchets, et notamment des principes d’écologie industrielle, par les différents territoires portuaires en France et à l’étranger ? Quels leviers et freins pour la mise en oeuvre de dynamiques collaboratives, notamment sur des enjeux de meilleure gestion des déchets ? L’éventail des contextes portuaires, à l’échelle internationale, permet d’explorer une grande variété d’initiatives optimisant la gestion des flux de matières et d’énergie. Améliorer la connaissance de ces pratiques locales encouragées ou contraintes par le contexte dans lequel elles s’inscrivent permet de 1/ capitaliser sur des expériences acquises (succès et échecs), 2/ contribuer à faire évoluer de manière globale la gestion de ces flux dans les territoires portuaires et ainsi 3/ apporter des arguments pour une vision prospective de l’évolution du contexte stratégique et politique des territoires portuaires en faveur de l’écologie industrielle.La problématique de ce projet de recherche a permis de définir des questionnements qui sont autant de lignes directrices pour la définition de la méthodologie, la collecte des informations et l’analyse des résultats : en quoi les territoires portuaires sont-ils des laboratoires pertinents pour la mise en oeuvre et la diffusion des pratiques d’écologie industrielle ? Quelles caractéristiques communes à l’émergence des démarches de coopération autour de la gestion des ressources propres aux territoires portuaires ? Quelle cohérence entre représentations des enjeux des territoires portuaires et leviers pour la mise en oeuvre d’une démarche d’écologie industrielle ?La méthodologie d’analyse développée dans le cadre ce projet de retour d’expériences s’inscrit dans la lignée des démarches comparatives développées par les sciences sociales visant à comparer des phénomènes à travers un certain nombre de variables pour mettre en évidence des différences et des invariants temporels et géographiques. Par nature transnationaux, les territoires portuaires se confrontent à des problèmes globaux qui dépassent le seul périmètre local. La recherche comparative impose donc d’analyser, comprendre et expliquer l’ensemble du processus d’émergence de démarches collaboratives de gestion des flux (déchets, eau, etc.) à une échelle internationale. Elle permettrait de vérifier notamment les ambitions et conditions de l’optimisation de la gestion des flux de matières et d’énergie , qu’elle se fasse à travers la coopération spontanée entre acteurs ou par le biais d’un acteur tiers, qu’elle soit facilitée ou imposée par un cadre politique ou réglementaire particulier ou qu’elle soit le fruit de réflexes quasi-culturels de sobriété et de préservation des milieux.Cette approche se veut pragmatique et itérative en confrontant une méthodologie « scientifique » élaborée sur la base d’une analyse bibliographique (inventaire des méthodologies d’analyse comparative développées pour le recensement de pratiques d’écologies industrielles, exploration des potentiels d’analyse des méthodologies d’analyse multi-acteurs et d’optimisation des processus de décision, etc.) avec les différents contextes« opérationnels » dans lesquels elle peut se décliner (connaissance et culture de l’écologie industrielle, temps imparti par les entretiens, niveau de détails des informations recueillies, etc.)Les retours d’expériences réalisés auprès des territoires portuaires à l’échelle internationale mettent en évidence des degrés d'appropriation divers des ports à la problématique de l'écologie industrielle (Mat and al, 2012), allant de la démarche participative à grande échelle du Port de Bristol ou du Port de New York/New Jersey (Boehme and al., 2009), à la mise en oeuvre spontanée de synergies entre industriels sur le territoire du Port d’Osaka (Otsuka, T, 2006). Pour autant, pour les territoires portuaires, l’enjeu est bien de dépasser le seul aspect opérationnel de la mise en oeuvre locale de synergies entre entreprises, pour s’approprier pleinement l’écologie industrielle comme 1/ stratégie de développement et de pérennisation des activités sur le territoire, 2/ stratégie d’interface entre la Ville et le Port et vecteur d’acceptabilité sociale entre riverains et activités portuaires et 3/ stratégie de mise en réseaux des plateformes portuaires à l’échelle de bassins fluviaux, confrontés à des problématiques communes et partagées. Lorsqu’elles sont pleinement appropriées par les différentes parties prenantes de ces territoires spécifiques, ces ambitions stratégiques oeuvrent de fait à l’émergence et à la diffusion de nouvelles formes de développement territorial.