Résumé
Les premières traces de peuplement de l’Europe occidentale sont datées de 1.4 et1.2 Ma en Espagne (Fuente Nueva 3 et Sima del Elefante) et sont bien postérieures à celles du Caucase (1.8 Ma) et de l’Asie (2 Ma). Cette colonisation tardive coïncide avec le début de la Early Middle Pleistocene Transition (EMPT, 1.4 à 0.4 Ma), au cours de laquelle les cycles climatiques présentant une période de 41 ka sont remplacés progressivement par des cycles de 100 ka forcés non plus par l'obliquité mais par l'excentricité. Cette période de temps est climatiquement complexe, mais très peu documentée. Il est donc essentiel de comprendre les changements climatiques et environnementaux survenus au cours de l'EMPT, ce qui permettra de mieux appréhender ces trajectoires différentes de peuplement. Cette étude est basée sur des analyses palynologiques du site Leg 161 ODP 976 dans la mer d'Alboran, au sud de la péninsule ibérique.Cette séquence marine est le seul enregistrement continu pour cette période en Méditerranée occidentale. Les nouvelles données polliniques de la carotte ODP 976 couvrent les stades isotopiques marins (MIS) 37-31 (1,25 - 1,06 Ma) et améliorent notre compréhension des environnements méditerranéens au Pléistocène inférieur. Notre étude est multi-proxies : données polliniques, assemblages de foraminifères planctoniques, analyse de la composition des argiles, permettant ainsi une reconstruction des changements climatiques au cours des différentes périodes glaciaires et interglaciaires. Cette étude pluridisciplinaire propose une vision détaillée de la dynamique climatique du sud-ouest de la Méditerranée au cours des cycles à 41 ka.Les résultats montrent que les transitions entre les conditions glaciaires et interglaciaires sont caractérisées par des successions récurrentes de la végétation, qui seront comparées à celles des séquences continentales clés en Méditerranée. Ils soulignent également des corrélations entre les changements observés dans les courbes polliniques et celles des assemblages de foraminifères planctoniques, tandis que les données issues de l’analyse des argiles dans les sédiments indiquent la provenance des dépôts en lien avec des variations des flux atmosphériques. Ces recherches viennent préciser le cadre environnemental et climatique contemporains des premiers peuplements de l’Europe occidentale et permet de discuter les changements des comportements techniques et de subsistance ainsi que de la mobilité des premiers Hominines pendant cette période clé de l’EMPT.