Résumé
L'appréciation de l'humour (« c'est drôle », « c'est pas drôle ») serait le résultat d'un traitement émotionnel de la situation. L'appréciation du caractère humoristique d'une situation chez l'enfant n'a été que peu étudiée à partir d'histoires issues de la littérature jeunesse (Lefort, 2002) alors qu'elle l'a été plus largement à partir de blagues (e.g., Lefort, 1992) ou encore à partir de dessins humoristiques (e.g., Loizou & Kyriakou, 2016). De plus, alors même que la distinction entre deux types de situations humoristiques est couramment reprise par les humoristes, elle a été assez peu étudiée scientifiquement (e.g., Loizou, 2006). La présente étude visait précisément à nous renseigner sur l'appréciation de passages humoristiques chez l'adulte (N = 78) et chez l'enfant (du CP au CM1, N = 74), en comparant un humour basé sur des incongruités de comportement du personnage (i.e., humour de situation) et un humour plus complexe nécessitant la production d'une inférence (i.e., humour à inférer). Trois histoires auditives du Petit Nicolas, lues par de célèbres humoristes, ont été données à écouter aux participants. Après avoir entendu chaque histoire, leur appréciation de l'humour était évaluée à partir du jugement de plusieurs types de passages (i.e., non drôle, humour de situation, humour à inférer) extraits de l'histoire entendue : la tâche consistait à décider pour chaque passage s'il était drôle ou non. Les principaux résultats révèlent dans l'ensemble que les enfants comme les adultes parviennent à détecter la présence d'humour dans les passages sélectionnés. Plus important, les adultes apprécient davantage le caractère humoristique des histoires comparés aux enfants les plus âgés (de 8 et 9 ans), mais ne se différencient pas des enfants les plus jeunes (de 6 et 7 ans). Enfin, la différence entre l'humour de situation et l'humour à inférer évolue selon le groupe d'âge considéré. Parce que l'appréciation de l'humour n'est pas figée dans le temps, cette étude a ainsi pour avantage de nous renseigner sur la dynamique de son évolution et vient appuyer la validité du concept de challenge cognitif qui, nous le verrons, est particulièrement approprié pour interpréter nos résultats qui peuvent paraître surprenants.