Résumé
Dans la partie Est des Pyrénées, la faille de la Têt localise 29 sources chaudes regroupées en 4 essaims distincts essentiellement situés dans l’endommagement du mur de la faille. Notre étude porte sur les sources de Thuès-entre-Valls qui atteignent des températures de 75◦C. Les modèles numériques (Taillefer et al., 2017) suggèrent l’existence d’une perturbation thermique centrée sur la faille, s’étalant sur une distance de 1500 mètres au mur de la faille. Notre étude vise à étudier l’impact d’une anomalie thermique sur les âges (U-Th)/He sur apatites (AHe). Les âges AHe des échantillons adjacents à la faille, situés dans la zone de circulation maximale des fluides, montrent un étalement important allant de 2,7 Ma à 36.6 Ma. A 225m de la faille, les âges sont groupés autour de 3,7 ± 1,3 Ma. Entre 750m et 3700m de la faille, les échantillons prélevés à altitude croissante fournissent des valeurs de 11,7 ± 0,8Ma, 13,4 ± 0,8 Ma, 13,7 ± 0,5 Ma et 19,9 ± 1,7 Ma. Les âges obtenus hors de la zone de faille (11,7 à 19,9 Ma) suggèrent un taux moyen d’exhumation de 100m/Ma qui est compatible avec la phase d’activité majeure de la faille de la Têt et le taux déduit de données thermochronologiques (Maurel et al., 2008). En revanche, l’âge récent obtenu dans l’endommagement de la faille (3,7 ± 1,3 Ma) ne peut être expliqué par le contexte régional de dénudation et un refroidissement sous un gradient classique de 30◦C/km. La présence d’une anomalie thermique est la seule façon d’expliquer cet âge jeune, soit par une anomalie datant de la création de la faille, soit par un reset plus récent. Les modèles de diffusion indiquent qu’il est nécessaire de maintenir une température de 90 à 120◦C durant 0,1 Ma à 1 Ma pour évacuer 90% de l’hélium contenu dans une apatite. En considérant une température de fermeture de 45◦C pour le système AHe (Ehlers et al., 2001 ) et l’érosion régionale, nos résultats suggèrent un gradient récent minimum de 90◦C/km proche de la faille, cohérent avec celui issu des modèles numériques. Enfin, à proximité du cœur de faille, la dispersion extrême des âges est interprétée comme la conséquence d’un lessivage de l’uranium dans les apatites par les fluides hydrothermaux. Ces résultats montrent qu’une zone d’endommagement et les circulations hydrothermales associées peuvent largement affecter les âges AHe. Cette approche ouvre aussi de nouvelles perspectives d’exploration pour la géothermie profonde en contexte cristallin.