Résumé
L’étude présentée se focalise sur un site-atelier spécifique aux Hemmes de Marck, à l’Est de Calais (62) caractérisé par un important réservoir sableux et une dynamique sédimentaire à haute énergie. Identifié comme le seul endroit de la côte du Pas-de-Calais à connaître une sédimentation significative, ce secteur offre ainsi la possibilité de comprendre les mécanismes d’accrétion littorale par transfert de sables du large vers la côte et la façon dont il est ensuite redistribué le long du littoral. La clé de voûte de cette dynamique est l’accolement d’un banc sableux à la côte qui a ainsi créé un réservoir littoral de 400.000 m3 de sables en 80 ans (Garlan, 1990). Cette zone regroupe toutes les caractéristiques morphologiques, sédimentologiques et hydrodynamiques des côtes sableuses du Nord Pas-de-Calais : des bancs tidaux très proches de la côte dont la migration onshore et longshore est bien documentée dans ce secteur (Aernouts, 2005), une plage à barres, une large plate-forme sableuse (macro-forme qui est la manifestation de cette accrétion ponctuelle et dont le flanc externe migre graduellement vers l’est), des systèmes dunaires à dynamique variable, et une sédimentation vaseuse singulière sur la plateforme. Une campagne d’expérimentation terrain in situ alliant des relevés topographiques, des prélèvements de sédiments ainsi que des mesures hydrodynamiques a été réalisée durant plusieurs cycles de marée du 13 au 27 mars 2007. Compte tenu de la complexité et de la très forte dynamique dans le temps et dans l’espace de ces environnements côtiers, l’utilisation de la télédétection spatiale en complément des approches de terrain a également été développée pour cette étude. L’acquisition d’image SPOT 5 aux dates des campagnes de terrain (programmation par bon ISIS), l’utilisation d’archives SPOT combinée avec la prise de mesures de réflectances in situ à l’aide d’un radiomètre de terrain ont également été entreprises pour compléter le jeu de données. Cette méthodologie couplée, constitue une approche originale d'analyse morphodynamique, appliquée à un site spécifique. Elle permet d’aborder, avec une vision intégrée multi-échelle, ces systèmes côtiers complexes. Les premiers résultats ont permis de mettre en évidence les répartitions spatiales des particularités granulométriques du secteur et de caractériser précisément le contexte sédimentaire de la plate-forme lié aux faibles variations topographiques. Les zones de dépôts de particules fines, correspondent à une dépression topographique au centre de la plateforme. La présence de lamines sablo-vaseuse traduit une cyclicité dans les processus de sédimentation certainement influencée par (1) la récurrence des hauts niveaux d’eaux et (2) les apports de matériels particulaires en provenance du large. La position de la barre de swash, dernier rempart à l’immersion de la dépression placée en arrière, détermine la limite entre deux systèmes à dynamique sédimentaire différente. L’étude montre également l’importance de l'occurrence saisonnière des processus sédimentaires sur la zone d'étude. Les évènements hivernaux entraînent des apports particulaires abondants mais empêchent, par opposition, la décantation des particules fines dans la dépression topographique de la plate-forme. Un premier bilan morpho-sédimentaire a pu être établi grâce au lien entre la topographie et la répartition spatiale granulométrique des sédiments. L’importance de l'épaisseur des dépôts vaseux en haut de plage a été mise en évidence, permettant une meilleure compréhension dans l’évolution spatiale et temporelle du trait de côte à plus grande échelle. L’absence de cordon dunaire développé en arrière de la plate-forme, alors que le site est en accrétion et présente une large plate-forme sableuse permettant un fetch éolien abondant, traduit une interface haut de plage/dune perturbée liée à la présence de cette sédimentation vaseuse. Cette fine couche de sédiments cohésifs déposée limite la mobilisation du sable par le vent qui n’alimente plus alors le système dunaire.