Résumé
Dans cette présentation je replacerai la question des relations entre les humains et les non humains dans le cadre de la crise environnementale inédite que nous vivons et des transformations en cours. Parmi les éléments saillants qui émergent, il y a plusieurs concepts qui indiquent des changements agissant tout à la fois sur les politiques globales environnementales, que sur la pratique des chercheurs, ainsi que celles de la société, représentant, il me semble des phénomènes de bioculturalismes en mouvement. Je me réfèrerai à l’émergence des « valeurs relationnelles » qui sont mobilisées par des instances telle la Plateforme Intergouvernementale pour la Biodiversité et les Services Ecosystémiques (IPBES) qui réintroduit ces valeurs considérant la nature non plus comme un bien à contrôler et utiliser, mais avec lequel il s’agit de tisser des liens. L’IPBES mobilise aussi la notion de «réciprocités » entre humains et non-humains. Ces réciprocités sont de fait encore opérationnelles à travers les liens ténus entre les peuples autochtones et leur environnement. Mais je l’aborderai aussi dans des situations beaucoup moins exotiques. J’illustrerai diverses situations où l’altérité des peuples autochtones nous amène en effet à mieux saisir ce que signifie ces relations de réciprocité, mais aussi ici en Europe, concernant les sociétés de montagne relativement isolées des mouvements de modernisation agricole (comme par exemple la châtaigneraie fruitière en Ardèche et Cévennes), où ces réciprocités ont été maintenues malgré divers chocs d’ordre économique, phytosanitaires, et des transformations en cours.Enfin, au-delà des concepts, différents mouvements de controverses et des changements de postures sont en cours dont (i) les mouvements croissants des sociétés paysannes réclamant plus de proximité à leurs produits et à la nature vivante (exemple sols) en agriculture ainsi que des droits, notamment concernant la souveraineté alimentaire et (ii) les approches des chercheurs où des transformations s’opèrent dans des sujets tel que l’agroécologie, où les chercheurs s’engagent désormais dans diverses formes de transdisciplinarités notamment en ethnoécologie qui fait la part belle aux savoirs locaux. Le tout nous amène à considérer que l’agentivité de la nature, et plus globalement l’environnement en crise, qu’il s’agisse de la biodiversité, que des phénomènes abiotiques tels que le changement climatique, nous émeuvent, transforment notre confiance, ou plutôt opèrent dans le sens d’une forme de perte de confiance dans le fait de pouvoir penser un monde techniquement contrôlable, pour rechercher de nouveaux liens à construire avec la nature mais aussi dans nos façons de nous engager à autrui et dans nos métiers.