Résumé
Le risque de « lahars » est un des risques majeurs auxquels sont exposés les habitants d’Arequipa : plus d’un million d’habitants y serait directement soumis (Vargas-Franco et al., 2010). Le risque de « lahars » est un risque contre lesquels les individus exposés peuvent difficilement se protéger ou s’assurer à court terme. À long terme, mesures techniques et des solutions de régulation ont été mises en place (zonages des milieux soumis au risque, ouvrages hydrauliques de type barrages, etc.) et il existe la possibilité pour les individus de se relocaliser (l’opportunité de le faire dépendra en particulier de leur condition économique et sociale). Lorsque les individus sont confrontés à ce type de risque, non assurable et non diversifiable, on parle de « background risk » que l’on traduirait par « risque rémanent ». Par définition, un « background risk » est un risque non diversifiable, donc non assurable, et qui ne peut dès lors être partagé efficacement entre les individus d’une même communauté. Une question centrale, en présence de risque rémanent, est de savoir comment l’attitude des individus face au risque s’en trouve affectée et comment le partage de risques mutualisables s’en trouve modifié. Dans notre étude, nous nous intéressons principalement aux effets de la présence d’un risque rémanent (« background risk ») sur la prise de décision. L’objectif de notre étude est d’évaluer des éléments-clés d’une telle « demande » en fonction de trois paramètres qui sont : (1) leur perception du risque de « lahars » ; (2) leur attitude face à un risque et (3) leur impatience. Nous pourrons ainsi mettre en évidence comment la présence d’un « background risk » affecte l’attitude face au risque en comparant l’attitude d’individus exposés à un tel risque à celle d’individus non exposés à ce même type de risque. Dans ce but, nous utilisons deux outils complémentaires : l’enquête par questionnaires auprès de la population et des expériences d’économie de terrain. Les données issues des questionnaires montrent que les enquêtés (N=209) ne se sentent pas directement concernés par les risques naturels de manière générale. D’ailleurs, 94% des personnes enquêtées n’ont jamais mis en place de systèmes de sécurité pouvant les protéger (personnellement ou leur habitation) d’éventuels « lahars ». Cependant, malgré le fait que ce risque soit perçu comme « secondaire », les individus semblent bien informés sur les autorités à solliciter en cas de risque. Nos résultats expérimentaux montrent que les individus vivant dans des zones exposées ne sont pas significativement plus riscophobes que ceux vivant dans les zones non exposées, et ne sont pas significativement plus impatients. Mais les préférences déclarées par les individus à travers le questionnaire, montrent une différence significative dans la perception du risque entre les zones exposées et non exposées. Ces résultats ouvrent des perspectives méthodologiques et appliquées intéressantes.