Résumé
L'objectif de ce papier est de comparer différents instruments économiques de gestion de l'eau susceptibles d'être mis en place afin de limiter les prélèvements en nappes par des irrigants dans un système où plusieurs ressources coexistent. Un travail d'enquêtes et d'analyse de terrain réalisé dans la plaine du Roussillon nous a permis d'identifier les principaux déterminants de la substitution entre les ressources souterraine et de surface à l'échelle de l'exploitation et de modéliser des systèmes de production arboricole et maraîcher plein champ grâce à la programmation mathématique linéaire. En dérivant les demandes en eau des différentes ressources, nous nous apercevons que la demande en eau souterraine est très sensible à son coût variable. Ceci confirme la pertinence d'instruments basés sur des signaux de prix pour gérer les prélèvements agricoles en nappe. Nos modèles nous permettent alors de comparer quatre instruments de gestion des prélèvements en nappe dans un contexte multi-ressources (redevance et quotas sur les eaux souterraines, tarification binomiale et volumétrique des eaux de surface) à différents niveaux de consommation d'eau souterraine, et ce grâce à cinq critères d'évaluation (revenu des agriculteurs et du gestionnaires des différentes ressources, acceptabilité, prédictibilité, durabilité des infrastructures et coût informationnel). La tarification volumétrique de l'eau de surface et la redevance sur l'eau souterraine ne satisfont que peu de nos critères d'évaluation. Tout en identifiant les lacunes de ces instruments, nous plaidons pour une adaptation de la tarification binomiale ou la mise en place de quotas. Ces derniers pourraient notamment être mis en place dans le cadre d'un Organisme Unique, comme le prévoit l'article 21 de la Loi sur l'Eau et les Milieux Aquatiques (LEMA, 2006).