Résumé
Cette communication s’intéresse au travail d’articulation théorie-pratique, aux trois niveaux de l'action professionnelle, de la formation et de la recherche (Barbier, 1996) d’étudiants inscrits en deuxième année du master « Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » préparant le métier de professeur à l’Institut National Supérieur du Professorat et de l'Éducation (INSPÉ) de l’Académie de Montpellier. En France, une nouvelle réforme de la formation initiale des enseignants se met en place à la rentrée 2021 avec un concours de recrutement reculé en fin de master produisant deux statuts d’étudiants et trois types d’alternance. Ces modalités nous amènent à poser la problématique de l’articulation théorie-pratique au regard de la gestion par les étudiants d’un multi-agenda : validation des unités de formation, rédaction d’un mémoire de recherche, conduite de classes et, pour certains, la préparation du concours. Nous émettons l’hypothèse que la concurrence des logiques de formation à l’INSPÉ, d’écriture d’un mémoire de recherche, de responsabilité de classes et des exigences du concours entraine une articulation théorie-pratique disjointe par l’urgence de la pratique et l’acquisition de savoirs scientifiques et didactiques. Si le multi-agenda forme des épreuves objectives, l’écart entre théorie et pratique provoque des épreuves subjectives déterminant le bien-être (Forsé & Langlois, 2014) des étudiants dans la préparation au métier.La méthodologie qualitative employée étudie trois cas d’étudiants en primo insertion professionnelle au profil contrasté. Ils auront été choisis à partir des résultats d’une enquête quantitative à dimension nationale qui aura permis de déterminer des profils d’étudiants. Des entretiens semi-directifs interrogeront les rapports aux savoirs (Charlot, 1997) des étudiants mais également leurs rapports aux formateurs de l’INSPÉ, aux pairs, aux élèves de leurs classes et aux enseignants de l’établissement où ils sont en stage. Les analyses chercheront à dégager les tensions éprouvées par ces étudiants dans l’articulation théorie-pratique qui forment des épreuves subjectives.Les résultats exposeront d’abord les épreuves singulières donnant à comprendre la ou les manières dont chacun de ces étudiants articule ou tente d’articuler théorie et pratique avant de développer le « système standardisé d’épreuves » (Martuccelli, 2006) commun à ceux-ci. La discussion abordera deux points. Le premier questionnera la significativité des résultats de cette étude qualitative au regard de l’enquête quantitative nationale. Le second développera le bien-être subjectif des étudiants à travers deux dimensions : 1) l’évaluation cognitive de leurs savoirs professionnels en termes de compétence et d’autonomie ; 2) les sentiments de réussite et de reconnaissance liée à leur travail et leur projet professionnel. Références :Barbier, J.-M. (1996). Savoirs théoriques et savoirs d'action. Presses universitaires de France.Charlot, B. (1997). Pour une théorie du rapport au savoir, Anthropos. Forsé, M., & Langlois, S. (2014). Sociologie du bien-être. L’Année sociologique, Vol.(64), No.2.Martuccelli, D. (2006). Forgé par l’épreuve : L’individu dans la France contemporaine. Armand Colin.