Résumé
Parmi l’ensemble des problématiques socioenvironnementales, l’enjeu qualité de l’airest devenu majeur : la pollution atmosphérique est responsable de deux fois plus de mort quele tabac (Lelieveld et al., 2019), de 3 millions de décès annuels à l’échelle du globe, dont 11000 rien que pour la France, ainsi que de nombreuses maladies neurodégénératives. De nombreuxcollectifs et associations se mobilisent afin de ne plus laisser les pouvoirs publics agirseuls dessinant les contours d’une démocratie écologique émergente (Bourg, Whiteside, 2010).Ces expérimentations démocratiques agrégées autour d’associations ou de collectifs protéiformes font l’objet d’analyse par des projets de recherche plus ou moins structurés, avec différentes approchesméthodologiques, allant de l’étude ethnographique de Notre Dame des Landes ou des rondspoints des gilets jaunes au programme plus institutionnalisé CIT’in. Le point commun de ces différentesapproches est d’analyser les différents mouvements qui sous tendent les changementssociaux et politiques vers une transition dite écologique et solidaire.Parmi ces nombreux projets de recherche, notre équipe a élaboré un dispositif participatifde recherche (Dosias-Perla, Scotto d’Apollonia, Blangy, 2020) particulièrement originalet innovant (développé au sein du projet Air Climat Santé Société & Art financé par l’ADEMEvia le programme AACT-AIR) mobilisant les outils de la Recherche Action Participative (Chevalieret al., 2013) avec comme horizon normatif un projet émancipateur d’intégration du citoyenordinaire dans la boucle décisionnelle. L’objectif du dispositif est de permettre les conditionsd’intégration des publics les plus éloignés - autrement-dit - le citoyen ordinaire, au sensnoble du terme, dans un processus participatif institutionnalisé. En cherchant volontairement àrééquilibrer les asymétries de pouvoir, ce dispositif permet à tout un chacun de (re)politiserlibrement les enjeux suivant sa propre perception et ses attentes personnelles. L’originalité denotre approche n’est plus d’analyser les modes d’organisations de ces collectifs mais de lesaccompagner en leur proposant de co-construire un véritable projet de transition à l’échelle deleur territoire de vie. Ce vocable de la co-construction et l’émergence d’un tiers secteur de larecherche en phase de reconnaissance institutionnelle sont présentés comme une solution « miracle» au même titre il y a quelques années que le « tout participatif » dont les limites sontdésormais clairement identifiées (Blondiaux, Fourniau, Bacqué, 2011, Blondiaux, Sintomer,2002).Nous proposons dans notre communication de présenter dans un premier temps les résultatsde notre expérimentation en nous focalisant sur : (1) les aspects méthodologiques et lesconditions de « co-construction » d’une ingénierie de la participation permettant d’intégrer« l’ensemble » des acteurs et de produire des actions à différents niveaux échelles - (2) les donnéesconstruites et leur cadre d’interprétation - (3) l’efficacité sur l’action et (4) le fort potentielheuristique d’une telle approche ainsi que ses limites. Dans un deuxième temps nous développeronsune réflexion de nature épistémologique à partir de différents jalons comparatifs orientésautour de deux axes : (i) l’efficacité de l’action et (ii) les apports et limites sur le plan scientifique.Ces éléments permettront de nourrir le débat sur la nécessité de renouveler nos approchesméthodologiques et les cadres théoriques de référence, ainsi que d’appeler au développementd’un vaste programme liant Recherche Action Participative et Décision Politique (RAP & DecisionMaking).BibliographieBlondiaux L., Sintomer Y., 2002. « L’impératif délibératif ». Politix 15, no 57.Blondiaux L., Fourniau J-M., Bacqué M-H., 2011. Démocratie et participation un état des savoirs.Bruxelles : De Boeck.Bourg D., Whiteside K., 2010. Vers une démocratie écologique : le citoyen, le savant et lepolitique. Paris : Seuil.Chevalier J., Buckles D., 2013. Participatory action research: Theory and methods for engagedinquiry. Londres: Routledge Editions.Dosias-Perla D., Scotto d’Apollonia L., Blangy, S., 2020. Un dispositif participatif stable auservice de la qualité de l’air : Actes du colloque OPDE 2019 Clermont-Ferrand 15 et 16 octobre2092019, « Comment adapter et hybrider les démarches participatives dans les territoires ? ». (àparaitre).Lelievel, J., et al., 2019. Cardiovascular disease burden from ambient air pollution in Europereassessed using novel hazard ratio functions. European Heart Journal, Volume 40, Issue 20,21 May 2019, pp. 1590–1596.