Résumé
De la matière première à l’aliment, les plantes ont été largement utilisées par les humains dans des usages dépassant de loin la simple nutrition. La production, la préparation et la consommation des aliments ont des implications sociopolitiques, voire religieuses, et ont joué un rôle essentiel dans la structuration et la différenciation des groupes humains à travers l’histoire. Ces dernières années, les avancées scientifiques ont permis d’identifier une grande variété de denrées alimentaires, et l’archéobotanique a fourni des éléments cruciaux pour leur caractérisation et leur compréhension.Le site archéologique de l’Alcáçova de Santarém (centre du Portugal) a été occupé de manière continue depuis l’âge du Bronze final jusqu’à l’époque contemporaine, avec des phases particulièrement notables durant l’âge du Fer, la période romaine et le Moyen Âge. Lors des fouilles, la découverte archéobotanique la plus remarquable a été l’enregistrement d’un vaste assemblage carpologique associé à plusieurs récipients dans un contexte daté de la fin de l’âge du Fer. Cette communication présentera les résultats de l’analyse, les données archéologiques, ainsi que le contenu carpologique des récipients et des espaces environnants.Les résultats carpologiques ont révélé la prédominance de deux céréales – l’orge (Hordeum vulgare) et le blé nu (Triticum aestivum/durum) – retrouvées en grande quantité. D’autres cultures ont été identifiées, comme la gesse (Lathyrus sativus/cicer), le lin (Linum sp.) ou encore la vigne (Vitis vinifera), mais en proportions moindres. Des différences ont été observées : le blé nu était plus abondant dans les échantillons liés à deux récipients, tandis que l’orge dominait deux autres contextes, incluant un récipient et des échantillons attribués plus généralement à cette zone archéologique. Dans ces derniers, de grandes quantités d’orge germée ont été retrouvées, probablement produites intentionnellement pour le maltage.Les résultats suggèrent une séparation délibérée des denrées alimentaires. L’orge maltée était conservée dans des récipients distincts, probablement pour la préparation d’aliments solides ou de boissons. La fabrication de bière est une hypothèse plausible, compte tenu des similarités entre ces données et celles observées sur d’autres sites européens. À l’inverse, les contextes dominés par le blé nu non germé et des quantités moindres d’orge, sans trace claire d’orge germée, indiquent d’autres usages alimentaires.Les sociétés humaines anciennes étaient caractérisées par une complexité encore largement méconnue. La consommation, la production et la collecte des aliments jouaient sans doute un rôle central dans cette dynamique. Compte tenu de la position stratégique du site dans la région et de ses interactions avec des communautés méditerranéennes orientales durant l’âge du Fer, il est plausible que la consommation alimentaire ait aussi revêtu une dimension collective – à travers des banquets, des funérailles ou d’autres rituels. Les données archéobotaniques seront discutées à la lumière de cette hypothèse.