Résumé
Ladite loi « Molac », relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leurpromotion, a été promulguée en mai 2021. Cette législation a insufflé un nouvel élan auxaspirations des défenseurs des langues autochtones en France. Elle vise la généralisationde leur enseignement et oblige les communes sans écoles « bilingues » à soutenir lascolarisation d’élèves dans des écoles privées offrant cette possibilité. Toutefois, certainesmesures, comme la possibilité d’un enseignement immersif public ou l’utilisation designes dits diacritiques – absents en français mais présents dans d’autres langues deFrance – dans les actes de l’état civil ont été censurées par le Conseil constitutionnel.Cette situation reflète les difficultés rencontrées dans les avancées de ce type de mesures,expliquées par la centralisation politique et l'unilinguisme qui dominent la politiquelinguistique et éducative française depuis des siècles (Boyer, 2021).Malgré ces tensions, Blanchet (2022) soutient que cette loi démontre que deschangements dans la politique linguistique de la France sont réalisables et bénéficient dusoutien d'une portion significative de la société ainsi que de nombreux élu·e·s. De soncôté, Urteaga (2022) souligne que la décision du Conseil Constitutionnel a provoqué unevague de mécontentement général parmi les politiciens et les militants pour les languesrégionales. De plus, il soulève des inquiétudes quant à l’avenir indéterminé del’enseignement de ces langues dans les établissements scolaires français.Mais la Société française est-elle prête à avancer dans la protection et la promotion deslangues régionales ? Les enquêtes menées par l'Ifop en 2015 – avec un échantillon de1004 personnes à l'échelle nationale – et par l’Office public de la langue occitane en 2020– comprenant 8000 personnes dans les territoires occitanophones des régions Occitanieet Nouvelle-Aquitaine – suggèrent un soutien notable de la population à l'enseignementdes langues autochtones dans les écoles : 72 % pour la première étude et 81 % pour laseconde. Toutefois, il convient d'interpréter ces résultats avec prudence, compte tenu dunombre limité d'enquêtes réalisées et de la taille relativement restreinte des échantillonsétudiés.Afin de répondre d’une certaine manière aux problématiques soulevées ci-dessus, je meservirai d’une enquête de terrain réalisée entre 2023 et 2024 auprès de six collèges de larégion Occitanie, trois en zone occitanophone et trois en aire catalanophone. Lesquestionnaires en ligne complétés par des parents, des enseignant·e·s et du personneladministratif abordaient des questions d’ordre sociolinguistique et sociodidactique en lienavec l’occitan et le catalan. Certains de ces collèges offrent l'enseignement de l'occitanou du catalan, aussi bien en tant que matière spécifique qu'en parcours bilingue ouimmersif. Grâce à l'analyse de ces données qualitatives, nous pourrons tirer quelquesconclusions autour de l’opinion des acteurs éducatifs sur les langues autochtones et leurprésence dans le curriculum scolaire.Ces réflexions cherchent à contribuer à une meilleure compréhension des défis liés à lavulnérabilité des langues dites régionales en France, ainsi qu'aux obstacles rencontrés parcelles-ci pour leur préservation et leur promotion tant au sein de l'éducation que dans lasociété en général.