Abstract
De nombreuses études sur la compréhension émotionnelle des enfants présentant des troubles du langage (TL) montrent qu’ils ont des difficultés à inférer les émotions (e.g., Ford & Milosky, 2003). Ces études demandent généralement aux enfants de répondre verbalement, les mettant ainsi en difficulté, et/ou en choisissant parmi plusieurs cartes-réponses, limitant ainsi leurs choix. Certains auteurs se sont également intéressés aux erreurs d’identification commises par ces enfants avec TL. Selon les études, les erreurs sont de même valence (i.e., tristesse/colère) ou de valence opposée (i.e., joie/tristesse). L’objectif de cette étude est de proposer une méthode ne faisant pas intervenir le langage tout en permettant aux enfants de répondre librement: une tâche de dessin. Nous avons utilisé 3 histoires naturelles dans lesquelles nous avons sélectionné 2 passages émotionnels où le personnage était supposé ressentir une émotion spécifique sans qu’elle ne soit explicitement mentionnée (i.e., joie, tristesse, colère). Nous avons également créé des modèles de dessins à compléter représentant les personnages de l’histoire. Pour le visage du personnage, seuls les contours étaient dessinés afin que les enfants puissent le compléter. Nous avons demandé à 22 enfants avec TL (i.e., dysphasie expressive ou mixte) et 22 enfants typiques appariés aux enfants avec TL, âgés de 6 à 10 ans d’écouter une histoire qui était interrompue deux fois. À chaque interruption, les enfants devaient compléter le visage du personnage en y marquant son émotion au regard de la situation évoquée. Chaque groupe d’enfants a pris part à trois sessions expérimentales (i.e., une histoire par session). Au total, 264 dessins (6 dessins par enfant, 2 par émotion) ont été évalués par 3 juges adultes non informés des buts de l’étude. Les résultats révèlent un effet principal du groupe, la proportion de dessins jugés corrects (i.e., représentant l’émotion suggérée dans l’histoire) étant plus importante chez les enfants typiques que chez les enfants avec TL. Par ailleurs, l’analyse des dessins jugés incorrects montre une différence entre les deux groupes d’enfants pour la tristesse et la colère. Lorsqu’ils se trompent, les enfants avec TL marquent davantage une émotion positive tandis que les enfants typiques marquent davantage la neutralité. Nos résultats suggèrent qu’une tâche de dessin est une méthode intéressante pour examiner la capacité des enfants avec TL à inférer les émotions du personnage du récit. Cette étude ouvre la voie à la possibilité de travailler la dimension émotionnelle avec les enfants avec TL en passant par le dessin.