Résumé
Durant l’Holocène tardive et jusqu’à la conquête européenne, l’agriculture sur champs surélevés étaitrépandue dans les savanes inondables d’Amérique du Sud. L’étude de ces systèmes révolus, et lestentatives de rétablir ce type d’agriculture, vu par certains comme une forme d’agriculture intensive etdurable, sont marquées par des controverses autour de plusieurs questions: Comment les champssurélevés fonctionnaient-ils comme agroécosystèmes ? Etaient-ils cultivés en continuité ou avaient-ildes périodes de jachère ? La fonction des champs surélevés est-elle uniquement d’assurer ledrainage, ou ces systèmes, comportant des champs exondés entourés par des bassins inondés, ontilsconféré d’autres avantages ? La coexistence de composantes aquatiques et terrestres, ou de solsen aérobie et en anaérobie, a-t-elle contribué au fonctionnement de l’agroécosystème ? Ces systèmesont-ils soutenu des populations humaines importantes ? L’agriculture sur champs surélevés —oud’éléments inspirés par ces systèmes— a-t-elle une place dans le monde actuel, comme une pistevers l’agriculture écologiquement intensive ? Les efforts pour répondre à ces questions ont été baséssur trois types principaux de données, chacun imparfait : des données géoarchéologiques (quipeuvent soutenir certaines inférences préliminaires, mais restent silencieuses sur de nombreux pointsimportants), des données sur de rares systèmes qui persistent tels les chinampas (qui sont atypiqueset pas généralisables), et des informations tirées des expériences dans des systèmes réhabilités oureconstruits (pour lesquels il est impossible de savoir à quel point les pratiques et les contextes socioéconomiquesdes «agriculteurs» employés par les archéologues ressemblent à ceux des vraisagriculteurs du passé). Il y a 40 ans, Denevan et Turner attiraient notre attention sur l’existenceaujourd’hui de systèmes d’agriculture sur champs surélevés en Afrique. Cependant, jusqu’àaujourd’hui peu d’effort a été consacré à utiliser ces systèmes vivants comme fenêtre sur le passé etpour comprendre leur importance dans le contexte actuel. Ces analogues modernes présentent dessimilitudes frappantes avec les systèmes éteints d’Amérique du Sud. Nous présenterons des donnéespréliminaires provenant d’études en cours sur des systèmes d’agriculture sur champs surélevés dansles savanes saisonnièrement inondées d’Afrique. Ces études fournissent des informations pertinentesaux nombreuses questions ouvertes sur l’agriculture néotropicale précolombienne et sur le potentielpour l’agroécologie de ces techniques aujourd’hui et à l’avenir.