Résumé
Les taux d'accumulation pollinique (pollen accumulation rates, PARs) dérivés des sédiments lacustres constituent un outil clé pour reconstituer les dynamiques passées de la végétation et du climat. Leur interprétation demeure toutefois complexe en raison de la forte variabilité interannuelle de la production pollinique selon les espèces et de l'influence conjointe du climat et des perturbations sur la phénologie et la reproduction des plantes. En Amérique du Nord, les données d'observation à haute résolution temporelle sont rares. Cette étude présente un suivi unique sur 15 ans (2011?2025) des PARs annuels mesurés dans la forêt boréale de l'ouest du Québec à l'aide de pièges à sédiments installés dans sept lacs répartis le long d'un gradient latitudinal. Les données polliniques récoltées annuellement ont été mises en relation avec des variables climatiques (température, précipitations, degrés-jours de croissance) et des données historiques de superficie brûlée à différentes échelles spatiales allant de 3 à 100 km autour des sites d'étude. Les résultats indiquent que la température printanière, notamment avec un décalage de deux ans (n-2), est le principal facteur expliquant la variabilité interannuelle des PARs pour la majorité des taxons, reflétant le développement pluriannuel de leurs structures reproductrices. Les précipitations exercent globalement une influence faible. À l'inverse, les feux, principalement à l'échelle régionale, apparaissent comme un facteur majeur de l'augmentation de la production pollinique annuelle pour les taxons herbacés et arbustifs tandis que les conifères boréaux sérotineux (pin gris, épinette noire) ont montré une sensibilité plus limitée aux feux, probablement en raison du délai nécessaire pour atteindre leur maturité reproductive. Cette étude constitue une première calibration empirique à une résolution annuelle des relations pollen'climat'feu pour la forêt boréale nord-américaine. Les résultats mettent en évidence la robustesse des archives polliniques pour la reconstitution des dynamiques environnementales passées afin de mieux anticiper l'évolution future des écosystèmes boréaux dans un contexte de changements climatiques.