Résumé
Le chapitre analyse comment la pandémie de Covid‑19 a profondément bousculé les pratiques numériques d’enseignants en IUT et, ce faisant, a rendu visible leur expertise documentaire, sans pour autant entraîner une transformation durable. Entre mars 2020 et juin 2021, les contraintes de confinement et de jauges ont imposé un « enseignement à distance d’urgence », basé sur des classes virtuelles, très éloigné d’une véritable ingénierie de formation à distance. Dans le contexte spécifique des IUT (fort volume de TD/TP, petits effectifs et encadrement proche du lycée), ces injonctions à la continuité pédagogique ont exigé des efforts massifs d’adaptation dans la conception, la mise en œuvre et la circulation des ressources.Pour interpréter ces évolutions, les auteures mobilisent l'approche documentaire du didactqiue et le modèle d’expertise documentaire développé par Messaoui (2019), qui distingue quatre familles d’activités (concevoir, accéder, organiser, communiquer les ressources) articulées à cinq domaines de connaissances (épistémique, pédagogique, didactique, technologique, informationnelle) et à un écosystème informationnel (contextes informationnel, social, organisationnel, technique). Leur hypothèse est que la transformation radicale du contexte d’enseignement a agi comme une « situation de mutation » propice au développement professionnel, en sollicitant fortement ces différentes composantes de l’expertise.L’étude repose sur une méthodologie « étagée » : un questionnaire administré « à chaud » en juin 2020, cinq entretiens un an plus tard, puis trois entretiens à deux ans,. Les analyses montrent des transformations importantes des pratiques numériques pendant la crise : appropriation de nouveaux outils, reconfiguration des supports de cours, réorganisation des ressources et intensification des échanges en ligne. Cependant, ces évolutions apparaissent largement conjoncturelles : avec le retour au présentiel, nombre de dispositifs et de pratiques expérimentés n’ont pas été pérennisés, ce qui conduit les auteures à discuter la portée réelle, en termes de développement professionnel durable, de cette mise à l’épreuve de l’expertise documentaire des enseignants.