Abstract
La notion de peuple kanak] est née de la lutte contre la colonisation, née de l'adversité. C'est une réaction collective, une réalité qui s'organise. » (Tjibaou, 1997 : 121) Le dimanche 23 décembre 1958, les électeurs néo-calédoniens se rendent aux urnes pour se prononcer sur la nouvelle Constitution. Les bureaux de vote métropolitains sont fermés depuis quelques heures lorsque les représentants de l'État enregistrent les premiers bulletins. Pourtant, ici, l'enjeu est double. Un résultat négatif entraînerait l'accès automatique à l'indépendance de ce petit territoire d'Outre-Mer français. L'histoire de cet archipel est chargée d'un passé douloureux susceptible de changer les données du scrutin. Depuis près d'un siècle, les populations originaires subissent l'autorité d'un pouvoir colonial imposé par la force. La métropole a organisé une colonisation de peuplement et la venue de milliers de petits colons au tournant du siècle. Elle a également établi un bagne autour duquel s'est développée l'économie locale. La population se répartit, à présent, de manière équitable entre Européens et Mélanésiens. En abandonnant le statut colonial en 1946, la France reconnaît alors aux autochtones une citoyenneté politique leur permettant l'accès aux institutions représentatives. L'ensemble de la population néo-calédonienne a ainsi été sollicité à plusieurs reprises pour des élections locales et nationales. Parce qu'ils constituent près de la moitié de l'électorat, l'intégration politique des Mélanésiens comporte des risques. La partition raciale instituée par l'Indigénat structure encore largement les rapports sociaux et, malgré l'effort des missions religieuses, la population autochtone reste tenue à l'écart de l'économie.