Abstract
Comment la BD européenne a-t-elle vêtu les Indiens de l’Amérique latine ? De la nudité à peine dissimulée par la pudeur adamique, en passant par la splendeur –or et plumes- des civilisations précolombiennes, à la présence écrasante des grands chapeaux et des ponchos, la BD a repris les parures du corps qui distinguent les autochtones de cette région. D’Alain de Saint-Ogan et Hergé à Fabcaro ou Hub, le vêtement occupe une place fondamentale pour identifier visuellement un imaginaire des cultures amérindiennes. En complément d’un imaginaire géographique, le vêtement est le réceptacle des besoins d’exotisme, spécialement dans les aventures d’un héros occidental, Corto Maltese ou Achille Talon. Ainsi, ces parures ont été prises pour signifier l’altérité, soit dans des BD historiques soit dans une science-fiction qui habille les créatures spatiales et les peuples des mondes perdus avec des touffes amérindiens. Si les vêtements permettent de repérer les personnages (bons et méchants), leur représentation questionne aussi la documentation des auteurs qui se sont permis de dessiner des mœurs étrangères. Afin de retracer les continuités et les ruptures dans la représentation des vêtements amérindiens, ainsi que de révéler leurs fonctions dans le système narratif de la BD, nous choisirons certains titres d’un large corpus que nous analysons dans le cadre d’une thèse doctorale portant sur les imaginaires de l’Amérique latine dans la BD.