Résumé
Cet article examine la construction et la rivalité des mirabilia (événements merveilleux ou surnaturels) autour de la mort de l’empereur Julien dit « l’Apostat » (360-363). À travers l’exemple de saint Mercure de Césarée, l’étude met en lumière la manière dont traditions païennes et chrétiennes ont interprété cet événement obscur pour en faire un signe de justice divine. Les sources antiques rapportent divers présages – phénomènes célestes, oracles, visions et songes – que les païens comprenaient comme prodiges ou fatalité et que les chrétiens transformèrent en preuve d’un châtiment divin. La légende tardive attribuant à saint Mercure le rôle d’assassin céleste de Julien illustre les processus de réinterprétation, d’appropriation linguistique et de concurrence hagiographique qui traversent l’Antiquité tardive. En confrontant figures chrétiennes (martyrs, anges) et figures païennes (Némésis, Érinyes, génies), l’article souligne la porosité des représentations de la vengeance divine. La mort de Julien apparaît ainsi comme un champ narratif disputé, où le merveilleux devient outil de propagande et de légitimation religieuse, et où la figure de saint Mercure cristallise la victoire du christianisme sur le paganisme.