Abstract
Physicienne au CNRS, je m'intéresse en particulier aux questions de morphogénèse (l'apparition de motifs et de formes au cours du développement des organismes vivants) et aux interactions entre art et science. Suite à un colloque du musée Adrien Dubouché, en janvier 2020 à Limoges, un dialogue s'est initié avec Anne Larouzé autour de son projet d'exposition « La peau comme paysage » au Muséum de Genève, en 2021-2022. A la suite de nos échanges, j'ai choisi de synthétiser notre dialogue autour de quelques questions-phares qui sous-tendent ce travail artistique. Comment savoir en la voyant qu'une forme ou qu'une matière a été vivante ? Un organisme vivant doit être cohérent depuis l'échelle microscopique à laquelle se forment les constituants de ses cellules jusqu'à celle où il doit survivre et se reproduire. A chaque niveau de son organisation, on perçoit un assemblage d'éléments plus petits mais aussi les contraintes de viabilité de l'organisme dans son ensemble. Une telle organisation multi-échelle, adaptée dès le niveau moléculaire, se reflète dans toutes les formes du vivant, c'est-à-dire dans tous les organismes que la sélection naturelle a retenus à ce jour. Cette organisation est visible jusque dans les substances produites, comme les carapaces, la nacre ou la soie, ce qui a servi d'inspiration pour leurs analogues artificiels.